(Crédit : PoundSterlingLive)

Dans trois mois se tiendra au Royaume-Uni le référendum le plus attendu de l’année, et probablement de la décennie. Le 23 juin prochain, les britanniques rendront leur verdict sur une question qui pourrait changer la face du continent : la Grande-Bretagne doit-elle rester dans l’Union Européenne ?

 

(Crédit : PoundSterlingLive)
(Crédit : PoundSterlingLive)

 

Arrivé au pouvoir en 2010, voilà maintenant plusieurs années que David Cameron, le plus europhile des conservateurs, promettait un référendum à propos du Brexit. Littéralement « British-Exit », il s’agira pour les anglais de se prononcer sur leur souhait ou non, de voir leur pays quitter l’Union européenne.

Depuis son arrivée au sein de l’Union européenne, le Royaume-Uni a toujours bénéficié d’un statut particulier par rapport aux autres membres. Son absence de l’espace Schengen et de la zone euro ne sont que la partie visible du régime dérogatoire dont bénéficie le pays au sein de l’Union. Après une réunion au Conseil européen en début d’année qui devait envisager le statut du Royaume-Uni dans l’Union, David Cameron a annoncé la date du référendum : le 23 juin 2016.

 

Pourquoi sortir ?
Si David Cameron a déclaré vouloir se battre pour que le Royaume-Uni reste dans l’Union, c’est paradoxalement au sein de son parti (les Conservateurs) que l’on trouve les plus fervents opposants comme Boris Johnson, l’actuel maire de Londres. Du côté des tenants du Brexit, on désire voir les questions des frontières et des mouvements migratoires mieux maîtrisées, et, notamment, arrêter de contribuer au budget de l’Union (près de 11 milliards en 2014) sachant qu’elle n’en bénéficie guère.

En outre, les pro-Brexit dénonce l’ingérence permanente de l’Union dans son système législatif, alors même que la représentativité et l’aspect démocratique des instances de l’Union est, selon eux, très relative. Pour les plus extrêmes, comme Allison Pearson ( ), quitter l’Union relève d’une question de survie. En témoigne un tweet publié hier et son édito publié par le Telegraph, dont le titre est le suivant : Pourquoi rester dans l’Union européenne, alors que sa capitale (Bruxelles, ndlr), est aussi la capital du djihadisme en Europe ?

 

(Capture d'écran)
(Capture d’écran)

 

Outre les considérations économiques sur lesquelles aucun accord ne semble se dégager, le parti Travailliste qui compte parmi lui de nombreux défenseurs, à l’instar de Peter Mandelson, ancien membre du gouvernement de Gordon Brown et ancien commissaire européen dédié au commerce. Selon lui, la plupart des biens d’exportations verraient leurs prix augmentés par le rétablissement des taxes consécutif à une sortie de l’Union.

« Perdre la préférence de l’Union en matière d’échanges avec les marchés étrangers pourrait entraîner des tarifs plus élevés de 10, 20 % ou même plus, sur des biens clés pour les exportations britanniques comme les cars, les machines, le whisky et le textile » a déclaré Lord Mandelson dans des propos rapportés par Sky News.

 

Quelles conséquences en cas de Brexit ?

 

En premier lieu, il faut savoir que ce référendum sert avant tout de moyen de pression pour le Royaume-Uni afin d’obtenir du poids dans ses négociations qu’il mène avec l’Union pour obtenir les réformes qu’il défend. D’ailleurs, le gouvernement en place, le parti Travailliste, les libéraux et le parti national écossais, qui sont les partis les plus influents, se sont prononcés contre le Brexit. Le parti Conservateur de Cameron ayant adopté une position neutre, seul le parti pour l’indépendance du Royaume-Uni est formellement en faveur du Brexit.

Si le « oui » l’emportait, il faut avant tout que le gouvernement décide d’enclencher la procédure de sortie de l’Union, ce qui peut prendre du temps, voire, être abandonné. En revanche, si celle-ci arrive à son terme, l’Union a déjà préparé la procédure de sortie à suivre. Quant au Royaume-Uni devra négocier avec la plupart des pays, des accords afin de conserver des relations de quelque type qu’elles soient (échanges économiques, reconnaissances de visas) puisque ce sont des dispositions actuellement traitées au niveau européen, à quelques dispositions près.

 

Manifestants pour l'indépendance de l'Ecosse (Crédit : AFP/France TV Info)
Manifestants pour l’indépendance de l’Ecosse (Crédit : AFP/France TV Info)

 

D’un point de vue interne, le Royaume-Uni devra surtout gérer le cas Ecossais. Si l’Ecosse est aujourd’hui membre du Royaume-Uni, le pays ne souhaite pas quitter l’Union. En effet, le leader du Scottish National Party (SNP), Nicolas Surgeon, a fermement condamné le Brexit.

 

« David Cameron peut jouer à la légère avec notre place en Europe, mais soyez sûrs que le SNP fera campagne pour que l’Ecosse et le Royaume-Uni restent dans l’Union européenne »

 

Alors que la plupart des Ecossais travaillent en Angleterre, si d’une part le Royaume-Uni quitte l’Union et que, d’autre part, l’Ecosse quitte le Royaume-Uni (pour rejoindre l’Union), les frontières entre les pays seront rétablies. Et il serait particulièrement compliqué pour eux de rejoindre leur lieu de travail. Toutefois, rien ne dit que l’Ecosse demandera son indépendance en cas de Brexit, alors que lors du dernier référendum, les écossais se prononçait contre leur indépendance.

 

Après le Brexit, la faillite ?

 

D’un point de vue économique, qu’est-ce que l’Union y perdrait ? Un acteur majeur, certes, mais aussi un acteur en marge, pour lequel des dispositions dérogatoires sont fréquemment prévues. Cela dit, ni les économistes, ni les praticiens, ne semblent d’accord sur les conséquences économiques d’un Brexit.

Elle perdrait en tout cas un interlocuteur de choix avec les Etats-Unis et plus largement, de l’influence sur la scène internationale, ainsi qu’une place financière extrêmement importante. Selon  un rapport du Global Counsel, organisation réputée dans l’analyse des politiques publiques, c’est surtout le Royaume-Uni qui perdrait un partenaire majeur en terme d’échanges commerciaux, puisque le pays exporte beaucoup vers l’Union, à hauteur de 48 % dont 42 % vers la zone euro.

 

Le rayonnement de la Premier League en question

 

Le championnat anglais ne cesse de faire parler de lui pour ses records de gains financiers qui dépassent chaque année les attentes, pourrait être un autre acteur majeur touché. En effet, si le Royaume-Uni venait à quitter l’Union, de nouvelles règles en matière de permis de travail entreraient en vigueur pour les joueurs non britanniques européens.

Si, sans pour autant soutenir le Brexit, beaucoup d’observateurs y verraient un moyen de donner leurs chances aux jeunes anglais, et ainsi, la possibilité de retrouver une équipe nationale compétitive, les acteurs concernés ne partagent pas cet avis. Ainsi, Karren Brady, vice-présidente du club de West-Ham United, et membre du Parti Conservateur, estime que « se couper de l’Europe aurait des conséquences dévastatrices ».

Sans parler des difficultés des clubs de Premier League sur la scène européenne, si le stars étrangères quittent le championnat, les ressources risquent bien de fondre Outre-Manche.

 

« Comme le montrent des analyses indépendantes, deux tiers des stars européennes présentes en Angleterre n’obtiendrait pas le visa applicable pour les citoyens non européens et seraient forcés de partir. […] Cela mettrait les clubs en situation de désavantage par rapport au reste du continent ».

 

Même si la législation relative aux visas non-européens a récemment été révisée et assouplie, il est fort probable que le Brexit ne laisserait pas indemne l’un des championnats sportifs les plus rentables et populaire du moment.

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