Un Bacha Bazi (Crédit : Barat Ali Bator / DailyMail)

La province d’Uruzgan en Afghanistan, réputée pour son instabilité et son insécurité, se retrouve de plus en plus fragilisée. Les attaques des talibans à l’encontre des policiers se multiplient. Ces derniers temps, ces agressions prennent une nouvelle tournure. Utilisant une vieille tradition d’esclaves sexuels au sein de la police, les talibans infiltrent les rangs des policiers avec de jeunes garçons pour mieux parvenir à leurs fins.

 

Un Bacha Bazi (Crédit : Barat Ali Bator / DailyMail)
Un Bacha Bazi (Crédit : Barat Ali Bator / DailyMail)

 

Le « bacha bazi », qui signifie « jouer avec les garçons » est une pratique encore répandue dans certaines régions de l’est, du sud et dans le nord du pays. Elle consiste à entretenir des garçons prépubères, maquillés et travestis, rendus efféminés afin d’en faire des esclaves sexuels. Pour certains commandants de police de la province d’Uruzgan, au sud de l’Afghanistan, les « bacha bereesh » (garçons imberbes), sont de véritables trophées, que les policiers arborent fièrement sur leurs téléphones portables.

Contrairement au reste du pays où la pratique est taboue, en Uruzgan elle n’est ni assimilée au viol, ni à la pédophilie. Forme d’esclavage sexuel des enfants « elle est perçue comme une coutume locale et non comme un crime », confirme Charu Lata Hogg de l’ONG Child Soldiers International.

Un des policiers rencontrés par l’AFP, Naqibullah, se targue de retenir depuis deux ans son adolescent. Un trait de khôl autour des yeux, ses longs cheveux bouclés teints en blond, il est assis dans un coin et ne se lève que pour servir le thé en silence aux invités.

Depuis maintenant de deux ans, les rebelles talibans exploitent ce point faible pour multiplier les attaques contre les forces de sécurité. Six au moins ont été comptabilisées entre janvier et avril dernier. On dénombre au rang des victimes plusieurs centaines de policiers de la province d’Uruzgan, selon des sources judiciaires et des survivants de ces attaques, explique l’AFP.

 

Plus facile de traquer des kamikazes

 

« Les talibans envoient des garçons, de beaux garçons, infiltrer les barrages de police pour ensuite empoisonner ou tuer les agents », explique à l’AFP Ghulam Sakhi Rogh Lewanai, ancien chef de la police provinciale. « Ils ont découvert la plus grande faiblesse de nos forces de police: le « bacha bazi ». Les attaques menées par des infiltrés ont considérablement affaibli une armée et une police déjà en difficulté face aux talibans dans cette région montagneuse reculée, voisine de la dangereuse province du Helmand dans le sud du pays.

« Il est plus facile de traquer les kamikazes », précise un haut responsable provincial qui souhaite rester anonyme. Pourtant, ces attaques commencent à susciter la méfiance des policiers, selon Seddiqullah, commandant d’un barrage près de la capitale provinciale Tarin Kot. Selon Matiullah, ancien policier de 21 ans, les talibans utilisent ces adolescents comme des chevaux de Troie.

Lui-même a survécu à l’une de ces attaques dans laquelle sept de ses collègues ont été tués l’an dernier. L’assaillant était un adolescent prénommé Zabihullah que le chef du poste de police entretenait comme esclave sexuel. Une nuit, Zabihullah a froidement abattu les policiers alors qu’ils étaient assoupis. « Il a ensuite fait entrer les talibans et vérifié avec la crosse de son arme qu’il ne restait aucun survivant. J’ai fait le mort », raconte Matiullah à l’AFP, aujourd’hui, il s’est reconverti en tailleur.

A l’époque où ils dirigeaient l’Afghanistan (1996-2001), les talibans avaient interdit le « bacha bazi » et affirment aujourd’hui ne jamais y avoir recours dans le cadre de leur lutte contre les forces afghanes. « Nous avons des brigades de moudjahidines pour ce genre d’opérations. Ce sont des hommes adultes avec des barbes », explique ainsi un porte-parole des rebelles à l’AFP. Un avis que ne partagent ni le gouvernement afghan, ni les associations de protection des droits de l’Homme.

Au sein des 370 barrages et postes de police d’Uruzgan, on dénombre au moins un jeune esclave sexuel, parfois jusqu’à quatre, qui peuvent aussi à l’occasion porter des armes, comme l’explique l’ancien chef de la police provinciale. Ce sont souvent les agressions et abus sexuels multiples que commettent les policiers à l’encontre des adolescents qui poussent ces derniers à rejoindre les talibans afin de se venger.

C’est bien souvent la seule porte de sortie pour ces jeunes puisque s’ils tentent d’échapper à leurs violeurs, ils sont accusés et jugés comme complices des rebelles, comme en témoignent des juges provinciaux auprès de l’AFP. Pire, les adolescents suscitent régulièrement la jalousie, et donc, les conflits entre policiers. Conscients du problème, les juges tentent de contraindre les policiers à abandonner leurs bacha. La réponse est souvent la même :  « Si vous me forcez à abandonner mon bacha, j’abandonnerai aussi mon poste ».

 

Reportage AFP à Tarin Kot en Afghanistan (16 juin 2016)

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