On en parle partout. A la télé, sur internet, dans la rue… La crise des réfugiés syriens déchaîne les passions à toutes les échelles et sur toutes les cases de l’échiquier politique français. Mais entre l’hypocrite émotion naissante et la moralisation extrême de la situation, on en oublie souvent de réfléchir…

 

171A Rabat_ ils rendent hommage __ Aylan
L’ÉMOTION PEUT ENGENDRER DES CONNERIES COMME CELLE-CI

 

Ils étaient 30, peut-être bien 40, hier sur le sable de la plage de Rabat, au Maroc. Suivant une initiative de l’actrice Latifa Ahrar, ces mêmes personnes, vêtues d’un t-shirt rouge et parfois d’un bermuda bleu, sont restées face contre sol sur le littoral marocain pendant une vingtaine de minutes pour rendre hommage à Aylan Kurdi, devenu symbole de la misère des réfugiés syriens fuyant guerre et dictature.

 

De l’indifférence à l’exhibitionnisme émotionnel

 

Hélas pour le petit garçon (mais également pour l’humanité), sa mort ou plutôt la photo de son corps inanimé sur les côtes turques sert aujourd’hui la cause de ses parents et des milliers d’autres personnes cherchant refuge sur le Vieux Continent. La petite attention qui leur était accordée jusqu’ici s’est soudain transformée en priorité aux yeux du peuple européen, parce qu’un jeune innocent a succombé à son périple, oui, mais surtout parce qu’un excellent photographe leur a servi sur un plateau ce que leur capacité empathique était incapable de reproduire : une image de la misère traversée par ces quelques 120 000 exilés.

 

Avant Aylan, on estimait à 15 ou 20 000 le nombre de disparus en méditerranée depuis le début de la crise. Pourtant, il n’y a que depuis la divulgation du cliché du petit défunt que les gens se sont mis à pleurer en occident. Les morts invisibles ne comptent pas. C’est une bonne nouvelle pour les métiers de photographe et de reporter d’images qui ont de beaux jours devant eux, moins pour l’humanisme. Évidemment, le phénomène n’est pas nouveau. On sait que l’empathie est une vertu rare. Certains diront ironiquement que c’est humain. Le problème ne se situe donc pas tant dans ce genre de comportement, mais plutôt dans la vague d’exhibitionnisme émotionnel qui a suivi l’épisode Aylan sur les réseaux sociaux et sur la scène médiatique, de la part de personnes, qui, quelques semaines en arrière, n’en avaient strictement rien à faire (pour rester poli).

 

Quand la passion occulte la raison…

 

Un grand sommet d’hypocrisie dénué de toute pudeur et modestie dont ne se sont pas privés de profiter les politiques, à commencer par Angela Merkel. En ouvrant les bras aux réfugiés, l’Allemagne est passée de l’austérité à l’angélisme. Elle est devenue un exemple pour ses méchants voisins européens. A trop moraliser une situation qui suscitait l’indifférence il y a peu (formidable paradoxe), on en oublie l’essentiel. La situation démographique de l’Allemagne est absolument catastrophique et nos voisins teutons ont besoin d’habitants s’ils veulent éviter l’apocalyptique crise démographique prévue en 2025. Merkel est depuis longtemps favorable à l’immigration en Allemagne pour cette raison. Adopter la même politique dans un pays où le taux de fécondité est de deux enfants par femme (les Allemands ont un taux désastreux d’1,38) relèverait de la connerie pure et simple. D’où l’importance de l’existence d’institutions neutres jouissant d’un certain recul, capables de résoudre ce genre de casse-tête.

 

Le Luxembourg et la Suède plus accueillants

 

C’est la cas de la Commission Européenne, qui, a pondu un plan de répartition des réfugiés somme toute assez équitable comme en attestent les chiffres. Comme Hollande l’a annoncé, ledit plan exige de la France qu’elle accueille 24 000 réfugiés soit quatre pour 10 000 habitants à en croire les chiffres de la même Commission Européenne. C’est un ratio identique à celui de l’Allemagne et de la plupart des pays européens même s’il existe des exceptions. La Suède monte elle jusqu’à cinq pour 10 000 et le Luxembourg (pays à la démographie particulière) à 8 pour 10 000.

 

On est donc bien loin du pseudo-envahissement balancé à tout va par les membres d’une certaine branche politique qui eux aussi font dans l’émotion. Mais plutôt que de faire appel à la compassion, ces derniers préfèrent jouer sur la peur de l’étranger, la peur de la disparition des valeurs de la République française et, parfois, celle du terrorisme.

 

C’est le cas d’Yves Nicolin, député-maire républicain de Roanne (Loire), qui a soumis la proposition délirante de n’accepter que des réfugiés chrétiens car ils offraient la garantie de ne pas être des terroristes cachés. Sous-entendu, les terroristes ne peuvent se cacher que chez les musulmans syriens que nous accueillerons. En passant le côté discriminatoire puant, le raccourci est d’autant plus débile que si tout le pays agissait de la sorte, Daesh n’aurait plus qu’à envoyer des infiltrés se faisant passer pour des migrants chrétiens en guise de Cheval de Troie. Sans parler du fait que jusqu’ici, les terroristes sont plutôt ceux qui partent de chez nous pour rejoindre l’EI avant d’en revenir plutôt que ceux qui optent pour un aller simple Syrie-Europe par instinct de survie.

 

Enfin, il ne faut pas oublier que sur la totalité des Syriens qui quittent leur pays, moins de 0,2% d’entre eux fouleront le sol français, réduisant à l’infiniment petit les chances de trouver un futur criminel de masse dans le paquet. C’est mathématique, rationnel. Ça l’est autant que le fait que 120 000 personnes débarquant chez nous ne changeront jamais l’équilibre économique et culturel de l’Europe. Malheureusement, l’heure est à la réflexion avec le cœur. Et comme d’habitude, les torts sont partagés entre certains politiques et une partie des médias, incapables de remettre la raison au centre du débat sur la plus importante crise migratoire depuis la seconde Guerre Mondiale.

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