Trois fois athlète olympique sans glaner la moindre médaille, Suzy Favor Hamilton n’a jamais digéré la pression inhérente à la compétition, pas plus qu’elle n’a accepté son dernier échec à Sydney, en 2000. Une dépression et un Bovarysme sans limites ont fait d’elle l’escort girl la plus chère de Las Vegas de 2011 à 2012.

 

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SUZY, À TERRE APRÈS SA FINALE OLYMPIQUE RATÉE À SYDNEY

 

Jeux Olympiques de Sydney, 2000. Devant un stade enflammé, la finale du 1500 mètres vient de débuter. Parmi les finalistes, la future vainqueur, l’Algérienne Nouria Mérah-Benida, mais aussi l’Américaine Suzy Favor Hamilton. Âgée de 32 ans, cette dernière, jamais médaillée olympique, sait qu’il s’agit là de sa dernière chance de toucher le graal. Sa performance en demi-finale – deuxième meilleur temps des séries -, laisse un temps croire à un exploit de la native du Wisconsin. Motivée, cette dernière avoue aujourd’hui dans son livre biographique, Fast Girl – A life Spent Running From Madness, ne pas avoir apprécié d’être placée dans le premier couloir en dépit de son bon temps en demies. « Ca m’obligeait à prendre un départ rapide pour ne pas me faire piéger. » Comme prévu, l’Américaine panique et part beaucoup trop vite, au point de craquer complètement dans le dernier tour. « A 150 mètres de l’arrivée, mes jambes commençaient à devenir de plus en plus lourdes et toutes mes concurrentes allaient me dépasser. J’allais terminer dernière. Il n’y aurait pas d’or pour mon entraineur, mon mari, mes parents, mon frère défunt… Je me suis dit à moi-même qu’il fallait que je tombe. Et je me suis laissée tomber. »

 

 

Couverte de honte, Suzy feint de nouveau le malaise une fois la ligne d’arrivée franchie afin de ne pas faire face aux questions des journalistes. C’est donc par la petite porte et sur un fauteuil roulant dont elle n’avait en réalité pas besoin que l’Américaine quitte le stade olympique de Sydney et arrête sa carrière. Pour elle, la marche était trop haute. Boulimique en début de carrière («je me trouvais toujours trop grosse pour la compétition») et peu sûre d’elle («je n’arrivais pas à me convaincre que j’étais une athlète d’élite»), la jeune femme s’est laissé ronger par la pression du sport professionnel jusqu’à en perdre le Nord. En 2012, c’est bien loin des pistes d’athlétisme qu’on la retrouvera.

 

Mrs Suzy, Dr Kelly

 

Décembre 2012. Suzy Favor Hamilton lâche une bombe en pleine interview pour le site The Smoking Gun, dont un journaliste croit savoir qu’elle a été escort girl de 2011 à 2012 à Las Vegas, sous le pseudonyme de Kelly Lundy. Acculée par le questionneur, elle finit par avouer. Perte de sponsors, réputation en chute libre, les conséquences de la divulgation de son secret sont immédiates pour l’ancienne athlète olympique. C’est de cette polémique que naîtra la fameuse biographie.

 

A l’origine de ce virage à 180 degrés, une dépression de longue date –qui la mène à une tentative de suicide- provoquée par l’insatisfaction causée par sa vie post-sportive, mais surtout un traitement contre la bipolarité qui lui avait été diagnostiquée plusieurs années auparavant. D’après Suzy, ce sont des médicaments qui n’auraient jamais dû lui être prescrits qui l’ont menée sur ce terrain glissant. Mais pas seulement.

 

Peu de temps avant de changer de vie, Suzy et Mark Hamilton décident de s’offrir les services d’une prostituée de luxe pour assouvir un fantasme du couple –visiblement plus celui de Suzy que de Mark. L’expérience provoque un déclic chez l’Américaine qui comprend vouloir en faire son métier. Le couple Hamilton n’a alors aucun problème d’argent, et a largement de quoi subvenir aux besoins de sa fille unique. Seul le Bovarysme d’une femme dont l’enthousiasme s’est envolé au moment où elle a entamé sa carrière professionnelle la pousse à devenir l’escort-girl la plus chère de Las Vegas.

 

Sexe, égo et trahison

 

Si les médicaments prescrits par ses médecins pour lutter contre la dépression s’avèrent peu efficaces, l’ex-athlète explique dans son livre avoir rapidement ressenti les effets positifs engendrés par sa thérapie personnelle. «Voir des hommes dépenser de l’argent pour moi me donnait des frissons, me redonnait confiance en moi.» Taillée dès le plus jeune âge pour la compétition, Suzy, ou plutôt Kelly, garde néanmoins le même objectif ; être la meilleure dans ce qu’elle fait. « Une fois que j’avais commencé à consacrer ma vie au sexe, ma volonté d’être la meilleure sur la piste a été remplacée par mon désir d’être la meilleure au lit. Et c’était tant mieux, car je détestais la compétition, la lutte pour la victoire. Je trouvais ma vie d’escort fantastique. Je ne voulais plus quitter cette nouvelle vie

 

Elle finira tout de même par arrêter rapidement, et ce pour plusieurs raisons, la principale étant qu’afin de tisser des liens de confiance avec ses clients, la native du Wisconsin n’hésitait pas à leur raconter sa vie antérieure quitte à prendre le risque de se faire trahir par l’un d’entre eux. Ce qui doit arriver finit par arriver et débouche sur le scandale de l’interview de 2012. Suzy ne saura jamais qui l’a balancée. Mais elle admet aujourd’hui volontiers que, pour sa famille et pour elle-même, les événements de 2012 étaient un mal pour un bien. A travers son livre, elle ne cherche pas à « ce que les gens comprennent mes choix » mais cherche plutôt à dénoncer les dangers liés à la pression inhérente à la compétition de haut niveau, celle-là même qui lui a « fait détester ce que j’aimais le plus au monde » et lui a fait perdre de précieuses années de bonheur.

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