L’affaire suscite l’émoi au Portugal. L’un de ses adeptes d’Arts Martiaux Mixtes (MMA), Joao Carvalho, dit le «Rafeiro», est décédé deux jours après avoir perdu son premier combat de niveau international. L’affaire relance le débat sur le MMA, sport décrié dans de nombreux pays, dont la France.

 

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C’était un combat comme un autre. Du moins, c’est ce que disent les amis de João Rafeiro Carvalho, ancien combattant de MMA (Mixed Martial Arts), décédé la semaine dernière à Dublin, où ce dernier disputait son premier combat de niveau international dans l’octogone. Dominé dans le premier round, dominateur dans le deuxième, le Portugais a perdu par KO technique dans la troisième manche avant de succomber 48 heures plus tard. «Toutes les règles de sécurité ont été appliquées», rapporte un membre de l’équipe de Carvalho, qui a fait un malaise vingt minutes après la fin du combat. L’arbitre a tout de même attendu que Charlie Ward – son adversaire du soir – lui colle huit droites au sol avant de stopper le carnage. «Du peu que j’en ai vu [de la video de la dernière minute du combat], je n’ai constaté rien qui ne soit jamais arrivé dans d’autres combats», explique Luis Barneto, directeur de la commission athlétique portugaise de MMA. Et de renchérir. «C’était un combat équilibré.» Une source anonyme n’a par ailleurs pas hésité à dire que «même un enfant ne serait pas mort sous les coups de poing qu’il a reçus.»

 

«Il passait plus de temps à la salle que chez lui»

 

Alors pourquoi Joao Rafeiro a-t-il, lui, succombé à ses blessures le lundi 11 avril 2016? C’est la question que tout le monde se pose de Dublin à Lisbonne. Le défunt combattant était-il suffisamment bien préparé pour lutter à ce niveau? A priori, oui. «On parle d’un combat en trois rounds de cinq minutes. J’aimerais bien voir un gars pas bien physiquement tenir un quart d’heure à ce niveau de compétition», s’agace Artur William, ami de João, dans une vidéo-hommage publiée sur Facebook. Nombreuses connaissances de l’athlète se sont prêtées au jeu du témoignage sur les réseaux sociaux, et tous soulignent son hygiène de vie irréprochable, base obligatoire pour «atteindre le top du niveau international», comme l’explique Artur William. «Il s’entraînait pendant plusieurs heures et ce, tous les jours. Il passait plus de temps à la salle que chez lui», en rit presque Luis Barneto. De quoi écarter la thèse de la mauvaise préparation physique à la Apollo Creed contre Ivan Drago dans Rocky IV.

 

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Le MMA face à une nouvelle polémique

 

Les proches du Lisboète de 28 ans, qui laisse derrière lui deux enfants, attendent les premiers résultats des analyses médicales ainsi que le feu vert des autorités irlandaises afin de connaître les causes exactes du décès de Jõao Carvalho et de rapatrier son corps au Portugal. Le MMA est en deuil, et il se sait plus que jamais visé par les sempiternels reproches qui lui sont faits. «Trop dangereux», «barbare», «contre les valeurs du sport», les détracteurs des arts martiaux mixtes ne manquent pas d’imagination pour dénoncer un sport méconnu qui a fait beaucoup d’efforts afin de protéger ses représentants dans l’octogone.

 

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Interrogé sur la question il y a plusieurs mois à l’occasion d’une interview réalisée par Skyzo, le rappeur Kamelancien, également pratiquant de ce sport polémique, pense savoir pourquoi le grand public ne porte pas le MMA dans son coeur : «c’est plus l’image de la cage que le combat en lui-même qui effraie les gens. Parce que quand tu entends cage, tu te dis que ce sont deux pitbulls qui sont enfermés dedans pour se bouffer.» Au-delà des préjugés, la discipline est réputée pour sa technicité. Un bon combattant doit être capable de maitriser la boxe comme le jiu-jitsu, le judo, le sambo ou encore le muay-thaï.

 

En Suède, la boxe professionnelle est interdite, pas le MMA

 

Dans les faits, les arts martiaux mixtes font l’objet d’une réglementation stricte, et les combattants sont, comme dans n’importe quel sport de combat, classés en catégories de poids. Souvent comparé à la boxe pour sa dangerosité, il est à ce jour difficile de déterminer laquelle des deux disciplines est la plus mortifère. Le noble art compte plus de 1000 morts à son actif sur une période supérieure à un siècle tandis que le MMA pâtit, dans les chiffres, des premières années d’un sport qui à sa naissance n’était que trop peu règlementé. De plus, si 12 combattants professionnels sont décédés depuis 2007 et la dernière grande réforme du MMA, au moins quatre d’entre eux sont morts dans des conditions suspectées de dépasser le cadre du combat (traitements liés à la perte de poids, limite d’âge non respectée, etc).

 

En Suède, il est établi que les arts martiaux mixtes sont moins dangereux que la boxe anglaise, dont la pratique professionnelle y est interdite. Enfin, comme tout sport, le MMA a ses vertus sociales.«Dans ma ville, le MMA a sauvé plein de jeunes de quartiers difficiles qui commençaient à partir en vrille. Ce sport leur a permis d’acquérir une discipline, une ligne de conduite», termine Kamelancien. Joao Rafeiro faisait partie de ceux que le sport avait sauvé. Malheureusement, c’est aussi son bienfaiteur qui l’a condamné.

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