C’est tombé le 14 septembre dernier. Le casting des voix du prochain jeu vidéo Lego Dimensions empile de (très) grands noms du cinéma. Si l’accumulation de stars ne porte pas toujours ses fruits, force est de constater que cette liste donne le vertige. Ainsi, ceux qui achèteront le jeux pourront notamment entendre Christopher Lloyd (Retour vers le futur), Joel McHale (Community), Gary Oldman (Trilogie The Dark Knight) etc. Rien que ça. Maintenant que tout est prétexte à film d’animation, et que même les jeux-vidéos s’y mettent, doit-on s’attendre à ce que les doubleurs deviennent plus célèbres que des acteurs hollywoodiens ? Le doublage peut-il devenir le huitième art ?

 

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Véronique Augereau et Philippe Peythieu, doubleurs de Marge et Homer Simpson (Crédit : seriesblog.tv)

 

Pour tous les puristes de productions américaines, anglaises ou danoises, la simple évocation du doublage provoque vomissements et bien d’autres formes comportements exagérés. Mais souvent justifiés. La version française est la hantise de tout sériephile ou cinéphile, sans parler des versions québécoises. Et il est vrai qu’à l’écoute de certains doublages, on ne peut que leur donner raison de privilégier la version originale d’une oeuvre. D’autant que l’échec de certains a même tendance à transformer un film en véritable référence.

 

Alors faut-il systématiquement bannir cette bonne vieille VF ? Pas toujours. Les créateurs en sont conscients : le doublage est inéluctable, quand bien même il risque d’assassiner les dialogues originaux, il permet de favoriser la diffusion et la notoriété de l’oeuvre. Le meilleur exemple à cet égard n’est autre que la série Les Simpson, même si sa qualité de série animée réduit la part de risque. Interrogé par Télérama sur la question des doublages de sa série, le créateur de la série explique d’ailleurs que la VF est son doublage étranger favori, légitimant ici le fait de ne pas regarder les épisodes en version originale.

 

« Sans aucune flatterie, les voix françaises, Véronique Augereau et Philippe Peythieu. Ils ont su s’approprier les personnages sans dénaturer leur âme originelle. Ils sentent comme personne la joie qui doit s’en dégager ».

 

L’avantage de l’animé est que celui-ci offre beaucoup plus de liberté et de créativité au doubleur, c’est pourquoi il est parfois possible que la VF égale la VO. C’est le cas des Simpson, mais aussi de Southpark, à tel point qu’une pétition a été lancée par les fans français de cette dernière. Ils espèrent convaincre les chaînes de télévision concernées par la diffusion de la série, de demander aux producteurs l’édition d’un doublage français pour la saison 17.

A noter que s’agissant de la série Southpark, les voix françaises de Cartman et Butters, interprétées par Christophe Lemoine, ne sont pas modifiées pour obtenir des voix aigus comme c’est le cas en version originale.

 

 

Toujours dans le registre des VF acceptables, Scrubs constitue une exception dans le monde des séries. Il est suffisamment rare qu’une série non animée détienne un doublage intéressant pour que cela soit noté.

 

 

En dépit de sa faible popularité, le doublage est un travail presque aussi exigeant que la comédie. Synchronisation, capacité à s’approprier le personnage et savoir appréhender la manière dont l’acteur l’interprète (tonalités, expressions du visage) sont autant de qualités requises pas si évidentes à développer.

 

Etre doubleur n’a donc rien du métier ingrat pour acteurs médiocres. Preuve en est, le doubleur du personnage d’Eric Cartman dans la série Southpark est devenu très grand nom dans le milieu avec plus d’une centaine de doublage de films, séries et jeux vidéos à son actif. On note d’ailleurs que de plus en plus d’acteurs reconnus s’y collent.

 

Si aujourd’hui les films d’animation s’arrachent des comédiens de renommée mondiale pour le bien de leur promotion, cela fait bien longtemps que cet exercice est exécuté par des grands du métier. Parmi eux, bien avant Tom Hanks prêtant sa voix à Woody de Toy Story, Jean-Louis Trintignant s’était attelé au doublage de Jack Nicholson dans Shining. Et ce, non sans difficultés comme il le décrivait, interviewé par L’Obs :

 

« C’est difficile le doublage, surtout sur un film de Kubrick où, parfois, le montage ne raccorde pas. On ne s’en rend pas compte quand on voit le film mais à doubler, c’est coton. Et puis j’aime bien Nicholson mais c’est un acteur très extraverti, pas comme moi».

 

S’agissant des films de Kubrick, ceux-ci ont la particularité d’avoir une VF de grande qualité. La raison est simple, le réalisateur insistait pour que chaque scène doublée soit parfaite. Ainsi pour Orange Mécanique, Jean Fontaine qui doublait le personnage d’Alex Delarge expliquait que si en temps normal le doublage d’un film dure 6 à 7 jours, celui-ci a pris plus de trois semaines. Les dialogues constitués pour majeure partie de néologismes ont nécessité un travail énorme au moment de leur traduction, à tel point que le résultat est presque aussi intéressant que la version originale.

 

 

Le doublage ne cesse de prendre de l’ampleur dans le monde du cinéma (ou du jeu vidéo), et pas seulement à cause de la multiplication des films d’animation. Dernier exemple en date, la prestation de Scarlett Johansson dans Her de Spike Jonze, dont on n’entend que la voix.

 

Une apparition tellement mémorable qu’elle fut primée par le festival de Rome pour son rôle vocal. Toutefois, les Golden Globes ainsi que les Oscars ont refusé de la nommer en raison de son absence à l’écran. Signe que le doublage est bel et bien un art à part entière, mais qu’il a encore du chemin à parcourir avant de devenir aussi reconnu que le cinéma.

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