Ils n’ont rien d’héroïque et sévissent aux quatre coins du Brésil. Ceux qui s’autoproclament vengeurs se font justice eux-mêmes et punissent tous ceux qu’ils suspectent de délits plus ou moins graves. Originaires des classes moyennes, leurs cibles sont, la plupart du temps, des adolescents.

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Suspecté d’un délit mineur, un enfant de 14 ans a été tabassé, déshabillé et ligoté.

1er février 2014, quartier de Flamengo, à Rio de Janeiro. Un jeune garçon de 14 ans est retrouvé nu, attaché à un poteau dans un parc non loin du bord de mer. Il est tenu par le cou à l’aide d’un antivol de vélo depuis une bonne heure quand les pompiers viennent le sauver. Sur Facebook, un individu lambda publie la photo du séquestré, en terminant son post par un glaçant « que ça serve de leçon ». Suspecté d’avoir agressé plusieurs personnes dans la rue Rui Barbosa, du même quartier, il a fait les frais d’un groupe qui s’est attribué le sobriquet de « vingadores de Flamengo », les vengeurs de Flamengo. Plus proches de Kick-ass que des Avengers, ce groupe issu de la classe moyenne opère à l’aide de barres de fer et de battes de baseball. L’objectif, réprimer les actes de violence par la peur. Un mode opératoire qui rappelle les heures sombres de l’histoire d’un pays qui, il y a tout juste 30 ans, se libérait d’une dictature militaire longue de deux décennies…

 

Un prof confondu avec un agresseur et tabassé par les vengeurs

 

Si les auto-justiciers de Flamengo sont les premiers à franchir le pas, ils sont très vite suivis par d’autres citoyens, aux quatre coins du pays. Deux semaines après l’incident de Rio, les autorités des Etats de Santa Catarina, Goias et Mato Grosso do Sul déclarent des cas d’agressions similaires. A chaque fois, le mode opératoire est le même. Un jeune homme est tabassé, puis ligoté à un poteau ou un grillage jusqu’à ce que quelqu’un daigne venir le libérer. Les vengeurs en profitent toujours pour filmer ou se prendre en photo avec leur proie, tels des pêcheurs avec une belle prise. Le message, lui, ne change jamais. « Vagabond ! Il doit apprendre», entend-on dire dans l’une des vidéos, à un jeune surpris en train d’essayer de voler une moto. Parfois, les justiciers en herbe agissent sans preuves. Sans enquête préalable de la police, le risque de prendre à parti des personnes innocentes augmente. C’est ce qui se passe à Sao Paulo, le 2 juillet 2014, quand un professeur d’histoire de 27 ans a le malheur d’entrer dans un bar qui vient d’être braqué. «Au début, j’ai cru qu’ils voulaient me voler. lls sont descendus de leur voiture, n’ont même pas cherché à me parler et l’un d’entre eux à commencé à me frapper. Je suis allé au sol, et on m’a roué de coups », racontait après coup André Luiz Ribeiro dans le journal Globo. Le jeune homme a été enchaîné dans la rue par le propriétaire du bar et frappé régulièrement jusqu’à l’arrivée des pompiers, guère convaincus par l’histoire de la victime. L’un d’entre eux va même jusqu’à lui poser des questions sur la Révolution française avant de le détacher. « J’ai eu de la chance, car c’est un sujet que je maîtrise très bien comme j’enseigne au collège. Je leur ai aussi parlé de la monarchie absolue française pour les convaincre définitivement. » Un pur délire qui prouve à quel point les vengeurs ont acquis une crédibilité notable en si peu de temps.

 

Ras le bol et insécurité

 

 

Un an et demi après la démocratisation de la pratique, les justiciers clandestins ont toujours le vent en poupe. Dans certaines régions du pays, on compte en moyenne trois à quatre suspects ou coupables de délits en tous genres attachés et/ou passés à tabac. Si une partie de la population brésilienne dénonce des pratiques inhumaines et anti-démocratiques, une autre les voit d’un bon œil. Le Brésil, 11e pays le plus dangereux du monde en 2014, fait face à un sérieux problème en termes de sécurité. Un an après la Coupe du Monde de football et un an avant les Jeux Olymplique de Rio, la police est surtout préoccupée par le grande criminalité, et n’a d’yeux que pour les trafiquants qui sévissent dans les favelas et autres quartiers pauvres du pays. Les prisons débordent de grands malfrats et l’état refuse de mélanger grands criminels et petits bandits. Ces derniers se retrouvent d’ailleurs rarement derrière les barreaux du fait du peu d’intérêt qu’ils suscitent aux yeux des forces de l’ordre, les poussant ainsi à récidiver sans crainte. C’est ce cercle vicieux qui a engendré les justiciers urbains et explique qu’ils soient autant appréciés. Mais s’ils sont vus par beaucoup comme une solution, ils constituent en réalité un nouveau problème social pour un Brésil qui n’en avait pas forcément besoin.

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