L’Arabie saoudite s’apprête à décapiter un jeune saoudien de 21 ans. Aucune date n’a pour l’heure été communiquée mais les sonnettes d’alarmes lancées par les associations humanitaires ces dernières semaines laissent pressentir que l’exécution est proche.

Ali Mohammed Baqir Al Nimr, âgé de 17 ans au moment des faits est accusé d’avoir participé en 2012 à des manifestations contre le gouvernement, de possession d’une mitrailleuse, de vol à main armée et d’attaque à l’encontre des forces de sécurité. Ce jeune passionné d’automobiles et de motos, projetant de partir à l’étranger afin d’y étudier la sociologie a été arrêté en février 2012 à Qatif une ville située dans la province de l’Est saoudien. Il sera ensuite transféré dans plusieurs lieux de détention différents avant d’être mis en isolement. Le Tribunal pénal spécial de Djedda chargé des affaires liées à la sécurité nationale et au terrorisme a prononcé la sentence le 27 mai 2014. Son frère ainsi que sa mère relatent dans les journaux internationaux des conditions de détentions épouvantables.

Aveux forcés ?

Des doutes planent sur les moyens mis en œuvre pour recueillir les aveux du jeune saoudien. Les parents du jeune manifestant appuyés par des experts de l’ONU affirment qu’Ali n’a pas pu bénéficier d’un jugement équitable et les conditions juridiques inhérentes à son incarcération et son jugement n’ont pas été respectées par les autorités. Le procès s’est déroulé sous le sceau du secret selon le quotidien libanais pro-chiite « Al Akhbar » et le jeune Ali n’avait pas pu recourir à un avocat de manière régulière avant pendant et après le procès. Ils soutiennent également que le jeune homme aurait été torturé et forcé de confirmer les accusations à son encontre. Le tribunal a par ailleurs refusé toute enquête complémentaire. Une décision jugée inacceptable selon ces mêmes experts qui déclarent que « Toute sentence infligeant la peine de mort à des personnes mineures à l’époque du délit, ainsi que leur exécution, sont incompatibles avec les obligations internationales de l’Arabie Saoudite ».

Dans un contexte de conflits interreligieux

Il semble judicieux d’évoquer le lien de parenté du jeune Ali avec le haut dignitaire chiite et virulent opposant au régime saoudien en place, le Cheickh Nimr Baqr-Al Nimr. Ce dernier, très populaire dans la communauté chiite surtout chez les jeunes a été arrêté condamné puis exécuté le 2 janvier 2016, qui aura pour conséquences la colère des sympathisants de l’ayatollah et une aggravation des rapports entre les communautés religieuses. On notera également  le saccage de l’ambassade d’Arabie saoudite en Iran en réaction aux événements. . Tout porte à croire que la décision de justice qui s’inscrit dans un contexte de tensions fortes entre musulmans chiites et sunnites aurait vivement été motivée par l’aversion du gouvernement en place envers les autorités religieuses chiites environnantes et par la volonté de réprimander les manifestions anti gouvernementales qui ont lieu en 2011 et 2012 à l’intérieur du royaume.

Exécutions à la pelle

Selon Amnesty Internationale, le royaume aurait effectué plus de 2200 exécutions de prisonniers entre 1985 et aujourd’hui dont 134 en 2015 et 47 rien qu’en janvier de cette année. Selon des rapports publiés par différentes ONG les critères pour lesquels le recours à la peine capitale est « autorisé » par le droit international ne seraient pas applicables pour près de la moitié des personnes condamnées.

2 autres jeunes manifestants dans la même situation

Dawood Hussein Al Marhoon et Abdullah Hasan Al Zaher, deux jeunes militants chiites âgés respectivement de 16 et 17 ans au moment des faits ont également été condamnés à la peine capitale pour des motifs similaires. Eux aussi affirment avoir été torturés et forcés d’admettre les chefs d’accusations.

  

   

Marche en hommage au Cheikh Nimr al Nimr Quatif Crédit photo: Rachid Achachi
Marche en hommage au Cheikh Nimr al Nimr Quatif
Crédit photo: Rachid Achachi                          

Mobilisation internationale et numérique

Le président français François Hollande ainsi que son Premier ministre Manuel Valls condamnent fermement ces exécutions et plaident pour « un geste de grâce, d’humanité et de clémence » en faveur du jeune chiite.

Le sort réservé à Ali a suscité l’indignation de millions de gens à travers le monde. Une pétition pour sa libération disponible sur le site internet Avaaz regroupe à ce jour plus d’un million et demi de signatures. Le site internet d’Amnesty International propose d’interpeller directement le roi d’Arabie Saoudite via Twitter. Des instructions sont également mises à disposition pour écrire au gouvernement saoudien par courrier. Vous trouverez le lien à la fin de l’article.

Une condamnation pavée de zones d’ombres qui soulève de nombreuses interrogations sur la véracité et la nature même des délits imputé au jeune saoudien à Ali au moment même où l’Arabie saoudite allié des Etats-Unis et de l’occident  prends ses fonctions au sein du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU.

 

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