Le moins que l’on puisse dire, c’est que peu de monde s’attendait à voir le milliardaire Donald Trump élu à la présidence des États-Unis ; les médias américains, qui annonçaient presque la victoire de son adversaire Hillary Clinton avant l’heure, sont les premiers à s’en mordre les doigts. Après une prise de recul sur ce véritable électrochoc, des interrogations demeurent sur la responsabilité des médias, constituant le quatrième pouvoir, sur le succès du candidat Trump.

C’EST PEUT-ETRE BIEN GRACE AUX MEDIAS QUE TRUMP A PU S’ATTIRER LES VOTES QUI L’ONT CONDUIT A LA MAISON BLANCHE

Les chiffres le prouvent : selon le site « 2016 Campaign Television Tracker », tout au long des campagnes électorales des deux candidats, le nom de Donald Trump a été évoqué deux fois plus que celui d’Hillary Clinton. Pour le ridiculiser ? Peut-être, mais toujours est-il que la méthode utilisée pour diminuer l’importance du candidat républicain est douteuse. Les médias traditionnels, les chaînes de télévision, le grand « New York Times » et les différents instituts de sondages ont tous été pris de court par ce résultat qui vient probablement de cette distance sociale entre l’élite journalistique et les supporters de Trump. Elle n’a pas ainsi cherché à enquêter dans les détails sur l’électorat Trump. Dans les coulisses, l’ensemble des acteurs médiatiques ont majoritairement soutenu la candidate démocrate, mais la couverture et le contenu médiatique n’ont certainement pas été pro-Clinton. Des accusations d’agressions sexuelles aux impôts non payés, les scandales et les contre-vérités de Donald Trump auraient dû être mieux vérifiés qu’ils ne l’ont été. Ils ne se sont pas efforcés d’équilibrer ses critiques et de publier autant d’articles à charge sur Hillary Clinton que sur Donald Trump.

Par ailleurs, la plupart des fois où le nom de Donald Trump est apparu dans les médias, ces derniers le tournaient en ridicule, le décrédibilisaient totalement face à son adversaire, de manière évidente. Le Huffington Post, refusant de le prendre au sérieux, ne lui a même pas laissé une place dans sa rubrique « Politique », préférant l’attribuer à sa catégorie « Divertissement » … Une tribune publiée l’année dernière déclarait ainsi : « Nos motivations sont simples : la campagne de Trump est une attraction. ». Le Time Magazine a créé, pour souligner le côté ridicule de sa candidature, un générateur d’insultes.

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Ce parti pris semblait assez évident, agaçant certainement beaucoup de citoyens américains. 75 % de ceux qui ont été interrogés là-dessus ont déclaré penser qu’Hillary Clinton détenait le contrôle sur les médias, et que ceux-ci favorisaient sa candidature ! Les médias en question ont dont paradoxalement joué un rôle non négligeable dans la montée des voix en faveur de Donald Trump, en prenant bien soin de salir son image et d’imposer leur candidate fétiche. Une « faille » qu’a su exploiter le milliardaire républicain pour convaincre le peuple américain. Comme un loup de la communication et surtout celui qui a le mieux compris les médias par rapport aux autres candidats. D’abord snobé et comparé à un « clown », Trump a imposé son plan tactique aux médias et aux réseaux sociaux. Dans un monde où les flux de communication circulent à vitesse lumière, ses petites phrases racistes ou sexistes n’étaient pas des dérapages incontrôlés. Afin de truster la couverture médiatique des élections présidentielles, il tenait des propos outranciers permettant de le remettre aussitôt en position dominante. 

UNE STRATEGIE DE COMMUNICATION BIEN CALCULEE

En décembre 2015, alors qu’il était au plus bas, sa proposition de « fermer les frontières aux musulmans » lui permet aussitôt de revenir au cœur de la course à la Maison Blanche. Bien que ses propos aient été infâmes, la majorité des journalistes pensaient à une dégringolade. Celle-ci n’est jamais arrivée : à l’annonce de cette proposition, les deux tiers des électeurs républicains soutenaient la proposition. En ayant observé son compte plusieurs semaines, ses « haters » ont alimenté son succès notamment sur la toile. Avec plus de 14 millions de followers sur Twitter, c’est le réseau social qui est, à ses yeux, une véritable arme de destruction massive pour écrire des insultes à distance et surtout aduler les journalistes et les médias qui lui sont favorables et ridiculiser à longueur de journée ses concurrents. Il a effectué une campagne 2016 alors que les autres candidats, moins connectés et moins conscients des réseaux sociaux, avaient misé sur les spots télévisés.

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Toute cette stratégie sur Twitter mais également sur l’utilisation des propos racistes sont parfaitement en adéquation avec le monde trash et sans tabous d’internet. Malgré son âge, Donald Trump a côtoyé le monde de la télé-réalité en totale interaction avec la digitalisation des médias. Il a donc parfaitement joué le même rôle dans l’émission de télé-réalité « The Apprentice » diffusée sur NBC et à laquelle il a participé.

Il fallait seulement adapter son personnage en le rendant plus politique tout en conservant un certain naturel comme le sens de la formule brutale ou les déclarations parfois vulgaires. Il devient ainsi plus humain que les autres candidats, ce qui rassure une partie de son électorat.

Devenu sulfureux, maîtrisant les apparitions médiatiques et incarnant la « peoplisation » des sociétés occidentales, sa seule présence dans les débats télévisés a fait exploser le compteur. Selon le Washington Post, 84 millions de personnes ont regardé le premier débat avec Clinton, sans compter le streaming (YouTube, Facebook Live, Periscope…). Plus de limites, le discours même en interview est spontané, direct et c’est ce qui plaît le plus aux électeurs.

Et en France ? Le débat ne serait-il pas le même que de l’autre côté de l’Atlantique ? Alors que la fin du mandat de François Hollande approche, la presse ou les réseaux sociaux semblent presque jouer le même jeu, en critiquant tel parti politique plus qu’un autre. Il suffit de voir la comparaison et le boulevard médiatique offert à Marine Le Pen après l’élection de Donald Trump. Le rôle des médias serait-il donc à repenser ? La question devrait en tous les cas se reposer prochainement lors des élections françaises.

 

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