A 16 ans, Maryana Naumova s’est déjà fait une place dans l’histoire des sports de force, en battant le record mondial de développé-couché féminin (150 kg). Mais plus qu’une adolescente musclée, la jeune russe est aussi engagée politiquement. Sa curiosité et sa générosité l’ont menées à se rendre en Ukraine et en Corée du Nord. Portait d’une fille très en avance.

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Mars 2013. Une jeune russe fait parler d’elle à l’Arnold Classic, compétition de bodybuilding portant le prénom de son père, Schwarzenegger. Plus que le physique atypique ou la pointe rouge des couettes de la demoiselle, son âge et sa force étonnent. A seulement 13 ans, Maryana Naumova – c’est son nom – est la première mineure à recevoir une autorisation pour s’inscrire à des compétitions destinées aux plus de 18 ans. Spécialisée dans le développé-couché, elle fait honneur à son statut d’espoir du powerlifting féminin en soulevant 109.09 kg grâce à une souplesse hors du commun. De quoi ridiculiser n’importe quel adepte moyen de musculation.

 

Sa force et sa cambrure surhumaines, Maryana, les travaille depuis près de six ans. « A vrai dire je m’y suis mise un peu par hasard. Un jour j’ai accompagné mon père à une compétition de powerlifting. Lors d’une pause, je me suis allongée sur un banc de dévéloppé-couché, pour voir combien je pouvais pousser. J’ai soulevé 20 kg à quatre reprises et je me suis dit que je devais peut-être commencer la musculation », déclarait-elle devant les caméras de la RTTV, en 2011.

 

Voyage humanitaire en Ukraine

 

A 16 ans, la jeune russe a déjà réalisé son premier rêve, à savoir soulever 150 kg en compétition officielle. Symboliquement, c’est à l’Arnold Classic de 2015 qu’elle pulvérise tous les records de sa catégorie et atteint la fameuse marque. Son but atteint (« je crois que j’ai réalisé tout ce qu’il y avait à réaliser dans mon sport »), elle ne met cependant pas totalement le sport de côté. Elle continue de s’entraîner avec son père et ses entraineurs mais nourrit l’ambition de devenir journaliste. Pour elle, les études et les voyages scolaires priment sur le reste. Et pas n’importe quels voyages.

 

Avec l’argent qu’elle a amassé grâce au powerlifting, Maryana a parcouru l’Europe avant d’atterrir aux Etats-Unis, où, de son propre aveu, elle pensait « que les gens me détesteraient quand ils apprendraient que je suis russe. Au final il me disaient « oh, tu viens de Russie ? Cool ! »» Mais s’il fallait retenir deux des voyages faits par la Russe, ce seraient ses déplacements en Ukraine et en Corée du Nord, en 2014.

 

En Ukraine, Naumova s’est rendue dans la région de Dombass, où la lutte entre indépendantistes (sûrement soutenus par les Russes) et les forces ukrainiennes fait rage depuis le 6 avril de l’an passé. Malgré une mauvaise publicité de la télévision publique –les chaines de télévision parlaient d’elle comme d’une sympathisante du terrorisme -, l’athlète a rendu visite à des enfants victimes de la guerre pour leur faire une démonstration de développé-couché et animer un petit atelier de musculation. «Tout le monde devrait mener ce genre d’actions, ne pas seulement penser à soi-même », disait-elle en 2014 dans la presse russe.

 

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APPAREMMENT, MARYANA A TREMPÉ SES CHEVEUX DANS UN POT DE PEINTURE ROUGE

 

« En Corée du Nord, personne ne m’a fait manger du chien ni volé mon téléphone »

 

Précoce sportivement, et donc aussi, politiquement, Maryana est déjà membre de la branche jeune du Parti Communiste. Ce n’est donc pas un hasard si la Corée du Nord l’attire. Sans grand espoir, elle envoie un mail au consulat nord-coréen en Russie afin d’obtenir un visa. « Ca partait d’une blague de mon père. Il m’a dit de leur envoyer une lettre», expliquait-elle dans le Moscow Times. Résultat, elle reçoit une réponse positive du ministère des sports du pays le plus secret du monde. « Venez nous rendre visite ! Le gouvernement nord-coréen couvrira toutes les dépenses liées à votre voyage et séjour. » Plutôt sympa. C’est d’ailleurs l’image que garde Naumova de l’état dirigé par Kim Jong Un. « Evidemment, je sais qu’on ne m’a pas tout montré. Mais j’ai vu des gamins s’acheter une glace, une limonade…Ce n’est pas le genre de choses qu’on achète quand on est pauvre. Ce n’est pas aussi mauvais qu’on ne le dit. Personne ne m’a fait manger du chien ou tenté de voler mon téléphone. » L’adolescente ne compte pas s’arrêter là, puisqu’elle compte retourner dans l’Est de l’Ukraine avant de, pourquoi pas, se rendre en Tchétchénie et en Syrie. Une chose est sûre, elle est déjà plus courageuse que bien des journalistes.

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