Drake voulait nous offrir « la playlist de toute [notre] vie » et c’est réussi. More Life, sorti le 18 mars dernier, est un condensé d’ambiances et de flow divers dans lequel le 6 God cherche à plaire à tout le monde. Que vous ayez craqué pour le chanteur fragile de Take Care ou pour l’« angry yute » de Views, vous retrouverez le Drake que vous préférez.

Pour son nouveau projet, More Life, Drake n’a pas fait les choses à moitié : 22 pistes, 10 featurings, 11 artistes invités, 1h21 d’écoute. Cet album est à ce jour le plus long du rappeur de Toronto, il est aussi le plus varié. De So Far Gone à Views, en passant par Take Care, Drake a toujours changé de style et de son. Dans More Life, le Canadien jongle avec ses derniers et rappelle à notre bon souvenir l’ambiance planante d’un « The Real Her » (Take Care) ou le flow aggressif d’un « 10 Bands » (IYRTITL). En d’autres termes, Drake a réussi en un album à retracer l’ensemble de ses phases musicales pour le plaisir de tous ses fans, de la première et de la dernière heure.

Le 6 God agressif

Dans les deux premières pistes de More Life, on peut dire que Drake n’y va pas de main morte. « Free Smoke », qui rappelle beaucoup « Summer Sixteen », et « No Long Talk » pourraient tout à fait figurer sur la playlist de IYRTITL à la place d’un « No Tellin’ » ou d’un « 6 man » tant l’artiste y figure agressif et sûr de lui. Le même constat s’applique pour des tracks comme « Gyalchester » ou « KMT » (en feat. avec le rappeur anglais Giggs). Punchlines aiguisées et flow saccadé, Drake exprime sa domination sur le rap game et règle, encore, quelques comptes avec Meek Mill, Jay-Z et Tory Lanez. Agressif, le 6 God l’est aussi dans « Can’t Have Evertything », mais dans un style un peu plus hybride, à mi-chemin entre celui d’un Views et d’un Thank Me Later (« Light Up » feat Jay-Z plus précisément).

Sweet Sweet Aubrey

Rappeur talentueux et clasheur hors-pair, Drake est aussi un chanteur au cœur tendre, réputé pour ses échecs amoureux. Echecs qu’il conte dans tous ces albums, et More Life ne fait pas exception. Dans cette catégorie, LA musique de ce projet est à n’en pas douter « Teenage Fever ». Drake laisse alors parler son cœur, mais pas que, dans sa quête de trouver du réconfort après une relation difficile (Rihanna ?). Et quelle meilleure idée pour envoyer un message que de sampler Jennifer Lopez, son ex-rebound girl, et son titre « If You Had My Love » (1999) pour accompagner son propos ? Un choix artistique qui trahit également les sentiments qu’éprouvait le jeune Aubrey Drake Graham envers la chanteuse d’origine portoricaine à l’adolescence. D’autres pistes comme « Lose You » ou encore « Nothing Into Somethings » nous rappellent que Drake est avant tout un amoureux transit à la recherche de son âme-sœur. On notera la référence au bijou qu’était Take Care dans « Jorja Interlude », qui se conclut sur un sample de « Doing It Wrong », classique.

Champagne Papy dit l’ambianceur

Si Views n’a pas fait l’unanimité auprès des critiques ou des fans, un morceau au moins a mis tout le monde d’accord : « Controlla ». Conscient du succès de sa vibe dancehall, Drake a donc remis le couvert avec les titres « Madiba Riddim » et « Blem« . Toujours dans la continuité, « Passion Fruit » est à More Life ce qu’ »Hotline Bling » était à Views : un son ascenseur qui vous rentre dans la tête et que vous vous mettez à aimer sans trop savoir pourquoi. « Fake Love », dévoilé en Octobre dans un épisode d’OVO Sound Radio, est quant à lui le hit pop « commercial » (on n’aime pas trop ce terme non plus mais c’est celui qui colle le mieux) de l’album, comme ont pu l’être « One Dance » ou « Hold On We’re Going Home » à l’époque.

Dreezy le caméléon

Avec les années, Drake est passé maître dans l’art de se mouvoir. Souvent invité par ses pairs, le Canadien s’adapte. Qu’il chante, qu’il rappe ou qu’il fasse un mix des deux, Mr October se fond dans l’univers de son hôte tout en laissant son emprunte, au risque de voler la vedette à ce dernier – « Aston Martin Music » de Rick Ross et « 100«  de The Game sont des exemples parmi tant d’autres de ce phénomène. Et c’est un peu le sentiment que l’on a à l’écoute d’Ice Melts (feat. Young Thug) et Since Way Back (feat PND). Sur ces pistes, Drake laisse la place à ses partenaires et apparaît presque comme un invité de prestige à sa propre soirée. Les prods sont très marquées par les univers respectifs des artistes en featuring, en particulier Ice Melts, qui pourrait difficilement faire plus Young Thug. Le contraste est moins frappant avec PND, logique au vu de la proximité qu’entretiennent les deux artistes tant musicalement que dans la vie. Les morceaux sont de qualité mais l’impression qu’ils seraient plus à leur place dans les albums respectifs de Thugger et de Party que dans More Life. Un sentiment que l’on peut également avoir à l’écoute du Skepta Interlude ou Drake n’a même pas pris la peine de faire un caméo.

The Reason Why You Always Getting Faded

Le dernier projet du 6 God est donc un condensé de ce qui a fait son succès jusqu’à présent : tantôt rappeur énervé, tantôt chanteur fragile. Ce parti pris, ou plutôt ce manque de parti pris, fait déjà débat sur la toile. Quand certains y voient un manque de consistance ou de style propre et assumé, d’autres apprécient la polyvalence de l’artiste Canadien. Pour nous More Life est un album fait par tous les Drakes, pour tous leurs fans. Preuve en est, cette « playlist » a déjà dépassé les 10 milliards d’écoute sur Spotify, un nouveau record en attendant son prochain projet annoncé pour 2018 dans « Do Not Disturb », le 22e bijou de la couronne.

Article écrit avec la collaboration de Julien Hippolyte.

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