(Crédit : DM Story)

Narendra Modi est le Premier Ministre de l’Inde depuis le 20 mai 2014, et c’est peu dire qu’il déchaîne les passions et enchaîne les coups d’éclats médiatiques. Inculpé devant la justice américaine pour « tentative de génocide » et créateur du ministère du yoga le 9 novembre 2014, l’homme fort du gouvernement indien interroge. Fanatique religieux ou Premier Ministre ambitieux ? Qui est vraiment celui que l’occident s’arrache aujourd’hui et qui désirait faire de l’Inde « une des premières puissances du monde ».

 

(Crédit : DM Story)
RAEL, C’EST TOI? (Crédit : DM Story)

 

Membre du parti nationaliste Bharatiya Janata Party, dont la fondation fut inspirée par Gandhi, Narendra Modi construit sa carrière dans la province du Gujarat où la croissance économique est «miraculeuse» depuis son arrivée. Si a priori ce rôle est relativement discret, son arrivée au gouvernement le 26 mai 2014 coïncide avec le début de multiples polémiques. Mais il n’en jouit pas moins d’une cote de popularité intéressante au moment de sa campagne. Son projet de modernisation de l’agriculture, et de l’Inde en général, attire agriculteurs et jeunes qui votent en masse pour lui.

Désireux de transformer son pays en une sorte de Silicon Valley bis, Narendra Modi multiplie les visites en Occident, histoire de faire un peu de promo pour son projet. Récemment aperçu aux côtés de Mark Zuckerberg, le premier ministre indien est showman autant que businessman.

 

Narendra Modi et Mark Zukerberg (Crédit : USA Today)
MODI ET ZUKERBERG (Crédit : USA Today)

 

Au cours de ce séjour, Google lui promet d’équiper quelques centaines de gares indiennes d’Internet, et Narendra Modi parade sur Twitter. Un outil sur lequel il est d’ailleurs le dirigeant le plus influent. Avec plus de 15 millions de followers, il devance le pape qui n’en compte que 8 millions.

 

Ancien vendeur de thé dans les gares indiennes, Modi connait une rapide ascension et voit sa cote de popularité augmenter rapidement, du moins à l’international. Car pendant que la diaspora indienne de la Silicon Valley l’acclame, au sein de son pays, les crises se multiplient. Ironie du sort, alors que le Premier Ministre vantait les mérites de son pays aux grands patrons du Web, internet est bloqué dans la province de Cachemire en raison d’émeutes importantes. Dans un pays où la censure sur internet est monnaie courante (et légale), cette visite fait sourire.

 

L’idole de l’Occident 

 

Récemment interrogée par France Inter, l’auteure indienne Shumona Sinha ne cache pas l’amertume que lui inspire le comportement de son Premier Ministre ainsi que la bienveillance dont font preuve les occidentaux -surtout les Européens- à son égard. «Aujourd’hui il vient en France, prend des bateaux-mouches, on regarde le ciel, il suffit d’acheter des rafales, tout va bien». Si Modi bénéficie d’un tel traitement de faveur, c’est qu’il constitue, pour beaucoup, un barrage intéressant contre le fanatisme islamiste dans un pays qui fait frontière avec le Pakistan et l’Afghanistan. Le hic, c’est que le dirigeant indien est lui-même un fanatique hindou. (Le 21 juin 2015, Narendra Modri a organisé le plus grand cours de Yoga de l’histoire à New Delhi et a forcé ses ministres et députés à y participer afin de promouvoir le sport traditionnel, entre autres).

 

Manifestation d'agriculteurs contre la loi d'expropriation qui a entraîné la pendaison d'un paysan indien de 41 ans (Crédit : Chandan Khanna/AFP)
MANIFESTATION D’AGRICULTEURS CONTRE LA LOI D’EXPROPRIATION QUI A ENTRAÎNÉ LA PENDAISON D’UN PAYSAN INDIEN DE 41 ANS (Crédit : Chandan Khanna/AFP)

 

 

En somme, on utilise un fanatisme religieux pour en combattre une autre religion. Selon Shumona Sinha, Narendra Modi fait régulièrement preuve d’islamophobie. Elle estime que c’est lui qui a instigué les émeutes communautaristes en 2002. Alors qu’un train de pèlerins hindous est incendié cette année là, les autorités ainsi que Modi, alors chef de la province du G, mettent en cause les musulmans. En conséquence, de nombreuses manifestations hostiles aux musulmans se tiendront, entraînant la mort d’un millier de personnes et l’exil de 200 000 autres. Les faits sont d’une telle ampleur qu’un tribunal new-yorkais désire le condamner pour génocide envers la population indienne musulmane. Finalement relaxé, il se verra tout de même refuser un visa pour les Etats-Unis en 2004 à cause de ces faits. Aujourd’hui, alors que les pays occidentaux l’accueillent bras ouverts, Narendra Modi ne s’est pas calmé selon l’écrivaine indienne. «Seule l’enveloppe a changé», se méfie-t-elle.

 

Corruption: des places en fac de médecine vendues de 12 000 à 80 000 euros

 

Désormais moins inquiété sur ses penchants religieux, l’autoproclamé héritier de Gandhi voit à présent sa campagne de lutte contre la corruption voler en éclats depuis le retour au premier plan du scandale auquel est liée l’agence gouvernementale Vyapam, en charge des examens universitaires. Celle-ci vendrait des places en médecines dont le prix irait de 12 000 à 80 000 euros (presque une place de parking à Paris, quoi). Et comme rien ne va vraiment plus pour Modi, le projet économique démesuré qu’il répandait aux quatre coins de la planète, qui était probablement la seule satisfaction de son mandat, commence à atteindre ses limites.

 

Faute de consensus avec l’opposition majoritaire dans la plupart des états fédéraux, les réformes sont timides. En outre, l’investisseur américain Jim Rogers (cofondateur du hedge fund Quantum avec George Soros) a décidé de retirer son investissement dans le pays. Son intention était de racheter toutes les terres agricoles pour les transformer en gigantesques zones industrielles. Le monde agricole, hier parmi l’un des soutiens les plus fervents de Narendra Modi, est désormais confronté aux expropriations massives. Conséquence, les agriculteurs se suicident ou se retrouvent démunis.

 

Une nouvelle forme d’apartheid 

 

En plus des émeutes et du délaissement des agriculteurs, le projet de Smart Cities, fer de lance du Plan Modi suscite aujourd’hui les interrogations.

 

Projet de Smart City (Crédit : Smart City Technology)
PROJET DE SMART CITY (Crédit : Smart City Technology)

 

Le Premier Ministre est en effet accusé de vouloir créer une nouvelle forme d’apartheid avec ces villes extrêmement surveillées et uniquement réservées aux classes moyennes ou supérieures comme l’analyse Pramod Nayar, un universitaire.

 

« [Ces villes] seront plus des forteresses que des places hétérogènes, car elles sont destinées à une unique et spécifique catégorie de personnes »

 

En 2013, le prix Nobel indien Amartya Sen relativisait grandement la croissance miraculeuse qu’avait connue la province de Modi, estimant que les plus pauvres avaient été marginalisés, et la santé autant que l’éducation, délaissées. En dépit d’une importante côte de popularité à l’international, véhiculée par ses achats de rafales à la France ou encore l’ouverture de son pays à Facebook et Google, le gouvernement mené par Narendra Modi n’est pas prêt de connaître le salut devant la population indienne.

 

 

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