(Crédit Photo : AP Photo/Thibault Camus)

Arrivé en 2014 à la tête de PSA Peugeot Citroën, Carlos Tavares avait pour mission de redresser le constructeur automobile en pleine perdition ces dernières années. Toutefois ce n’est pas tant pour ses résultats que pour sa rémunération annuelle de 2015, qui atteint 5 245 284 €, soit l’équivalent d’un SMIC annuel par jour, que le Portugais a suscité le mécontentement de la classe populaire. Retour en trois points sur la récente polémique qui suscite l’émoi jusqu’au sein des ministères.

 

(Crédit Photo : AP Photo/Thibault Camus)
(Crédit Photo : AP Photo/Thibault Camus)

 

Des performances incroyables

 

En 2013, la division automobile de PSA affichait une rentabilité négative de – 2,13 %. Nommé l’année suivante, Carlos Tavares avait présenté son plan d’action « Back To The Race » pour rétablir les marges de la firme. L’objectif fixé était d’atteindre une rentabilité de 5 % à horizon 2019-2023. Force est de constater qu’en affichant une marge de 0,2% dès 2014, le boulot était en bonne voie.

 

Autre élément de comparaison, en 2014 les pertes étaient encore estimées à 555 millions d’euros, alors que l’entreprise affiche désormais un bénéfice de 1,2 milliards d’euros. En outre, les agences de notations Fitch et Standard & Poors ont rehaussé la note de PSA. En somme, les résultats sont à même de justifier une augmentation de rémunération pour le PDG de PSA.

 

Autant d’éléments que le Conseil de surveillance a pris en compte pour voter la rémunération de Carlos Tavares. Le PDG perçoit normalement 1,3 millions d’euros en fixe. Part à laquelle s’ajoute, selon L’Argus, une prime d’atteinte des objectifs évalués par le conseil de surveillance à 930 500 euros car, selon lui, l’entrepreneur lisboète aurait atteint 99 % des objectifs fixés. Le reste, soit 1 462 500 euros, provient des actions de la société qu’il détient.

 

Pourquoi ça coince ?

 

L’exemplarité, la décence. Des mots que l’on retrouve dans les discours de chacun ces jours-ci. D’une part, la somme pose problème compte tenu du fait que l’Etat, actionnaire minoritaire de PSA après avoir injecté 800 millions d’euros, représente 14 % du capital. Un chiffre insuffisant pour avoir son mot à dire dans la décision, mais qui suffit à octroyer un droit de regard.

 

Ainsi, le Ministre des Finances, Michel Sapin, a fermement condamné une telle augmentation « à un moment où l’effort est nécessaire ». Avec 40 % du capital, l’Etat aurait détenu suffisamment de voix pour bloquer une telle mesure. A défaut, il ne peut que la condamner publiquement. Alors que la société se remet seulement à flot, il juge prématuré de s’octroyer dès maintenant les fruits d’un programme qui n’est pas encore pleinement achevé, puisqu’il reste à PSA de confirmer ses performances sur le long-terme.

 

En outre, Emmanuel Macron, Ministre de l’Economie, s’est montré déçu par cette décision, invoquant également l’exemplarité, la morale. Rappelant la ligne de conduite mise en avant par Michel Sapin, selon laquelle l’Etat actionnaire vote systématiquement contre de telles mesures, il ajoute dans des propos rapportés par le Monde que « la responsabilité et l’éthique ne se règlent pas par la loi, mais par l’exemple que l’on donne ».

 

Reste que malheureusement l’Etat n’est pas toujours entendu, et que dans ce palmarès, Carlos Tavares ne figure pas parmi les premiers, puisque d’autres PDG tel que Carlos Goshn, celui de Renault, ont déjà défrayé la chronique sur ce point. Si, contrairement au PDG de Renault, Carlos Tavares semble mériter une augmentation au vu de ses performances, il n’en demeure pas moins que les chiffres paraissent guère justifiés et maladroits compte tenu du contexte particulièrement difficile.

 

 

Et les salariés ?

 

Eux aussi ont eu le droit à une augmentation. Sauf que celle-ci est particulièrement subsidiaire, d’autant plus comparée à la suite de chiffres que va percevoir Carlos Tavares. Ceux-ci s’estiment d’autant plus lésés qu’à l’aune des licenciements que la division automobile a connu, ils considèrent être les premiers acteurs de cette remontée au premier plan de PSA sur le plan économique.

 

«On a produit toutes ces richesses et on n’a absolument rien en retour»

 

C’est en ces termes que Jean-Pierre Mercier, délégué CGT de PSA et figure de proue du combat mené à Aulnay, dénonce cette rémunération. L’Etat souhaite pour sa part que Carlos Tavares réduise de 30 % cette rémunération. Si les salariés de PSA ont reçu une prime de 2 000 euros nets, il s’agit selon Jean-Pierre Mercier d’un moyen pour l’entreprise d’éviter d’augmenter les salaires nets des employés.

 

Le fait est que si la majorité du Conseil de surveillance juge cette rémunération méritée, il a les pouvoirs pour la maintenir, l’Etat restant minoritaire. En outre, comme le montre l’exemple de Carlos Ghosn (voir ci-dessus), cette pratique est assez courante y compris lorsque l’entreprise fait des pertes. Et si Emmanuel Macron en appelle à l’éthique plutôt qu’à la loi, force est de constater que sans intervention étatique, il est peu probable de voir ce type de situation disparaître.

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