Présidentielles 2017 : une élection qui laisse des traces

Emmanuel Macron et Marine Le Pen étaient les grands gagnants du premier tour mais il ne pouvait en rester qu’un. Le plus jeune des deux est sorti victorieux de ce duel hier, avec 66% des voix, pour devenir le 8e président de la Ve République française. Cette présidentielle fut surprenante à bien des égards : les deux partis majoritaires sortis dès le premier tour, l’extrême gauche à 20%, l’extrême droite au second tour, un président qui n’avait même pas de parti il y a un an et qui n’a jamais obtenu de mandat électoral auparavant. De nombreuses surprises qui posent d’autant plus de questions.

Quel avenir pour le PS ?

Benoit Hamon restera dans l’histoire du PS comme le candidat à avoir réalisé le pire score du parti lors d’une présidentielle avec 6,7% des voix seulement. Un échec cuisant pour le candidat mais encore plus pour sa famille politique, qui l’a tué à petit feu.

Les conflits internes ont toujours gangréné la gauche. Une gangrène dont la primaire devait être le remède. Mais que fait-on de cette primaire après avoir montré à ses partisans que leurs voix ne compte pas ? Comment espérer que les gens continuent de croire en un parti qui ne respecte même pas sa propre charte ? Le 49.3, la Loi Travail et, plus largement, le quinquennat de François Hollande ont été vécus comme des trahisons par le peuple de gauche, qui avait choisi un frondeur et son programme très, peut-être trop pour certains, socialiste.  Un choix bafoué par de nombreuses figures du parti, Manuel Valls en tête, qui n’ont pas donné le poids nécessaire à la campagne du candidat de la gauche. Benoit Hamon le disait déjà en avril sur RTL : « nos électeurs se disent : à quoi bon regarder vers [le PS] s’ils sont aussi déboussolant et déboussolés ».  Le parti à la rose s’en était sorti de justesse grâce à une union de la gauche aux régionales de 2015, les législatives de 2017 ne seront surement pas aussi clémente et pourrait signer la mort du Parti Socialiste.

Quelle ligne pour Les Républicains ?

Les Républicains ont perdu une élection qui s’annonçait gagnée d’avance début janvier. La faute à un candidat empêtré dans des affaires plus ridicules les unes que les autres. Pire, ils n’ont même pas passé le premier tour.

Nombre de ses électeurs se sont ralliés à la cause d’Emmanuel Macron mais aussi à Marine Le Pen. Entre ultra libéralisme et nationalisme, la droite traditionnelle devra donc trouver l’équilibre nécessaire à la reconquête de ses fidèles égarées sur le chemin d’En Marche et du Front National. Une reconquête qui nécessite l’apparition de nouveaux leaders, l’autre grand défi de LR. Nicolas Sarkozy ayant abandonné la vie politique, Alain Juppé se faisant de moins en moins jeune et François Fillon ayant perdu sa dernière chance d’accéder au Graal, qui reste-t-il pour porter les idées d’un parti en pleine reconstruction ? François Baroin a été désigné pour mener la campagne des législatives mais sera amené à composer avec Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire dans le futur, malgré leurs appels du pied au nouveau président.

Que deviendra la France Insoumise ?

La France Insoumise a frappé un grand coup avec ses 19,7% au premier tour. Et si Jean-Luc Mélenchon n’a pas caché sa déception à l’annonce de ces résultats, synonyme d’élimination au premier tour, il prépare déjà l’avenir. Dès 21h30 hier, JLM a présenté ses vœux au nouveau président et tracé la ligne directrice de son parti pour les jours à venir. L’objectif est clair : les législatives. L’occasion pour la France Insoumise de s’affirmer comme le nouveau visage de la gauche, et de confirmer son succès du premier tour des présidentielles. Le parti s’inscrit désormais sur une vision à long terme et s’organise dans ce sens.

Le FN peut-il faire mieux ?

Devancé par En Marche au premier tour, largement battu au second, le Front National progresse mais n’a toujours pas trouvé la formule. Hier, le vote d’opposition a porté l’écart entre les deux finalistes à plus de 30 points (66,1% contre 33,9%). C’est donc encore un gouffre qui sépare l’extrême droite du pouvoir. La stigmatisation à outrance de l’Islam et des musulmans de France, la sortie de l’Europe, la double monnaie (que personne n’a vraiment compris) et le discours « anti-système » sont autant d’éléments qui font la force mais surtout la faiblesse du Front National aujourd’hui. Durant cette campagne, Marine Le Pen a désespérément cherché à se poser comme la candidate du peuple, quitte à basculer dans la caricature lors du dernier débat contre Emmanuel Macron. Une dernière sortie médiatique maladroite qui a desservi la candidate dans le sprint final et qui invite à se demander si MLP est vraiment la candidate qu’il faut au FN pour espérer mieux. Le Front National à profiter des affaires de François Fillon et de la déconstruction du PS pour se hisser aussi haut en 2017, pas sûr qu’une telle opportunité se représente de sitôt aux présidentielles. Contrairement à la France Insoumise, le parti d’extrême droite est peut-être condamné à rester un parti d’opposition.

Au terme de cette présidentielle, difficile de dire de quoi sera fait l’avenir. Mais plus que jamais, les élections législatives joueront un rôle capital dans le rééquilibrage des forces. Ces dernières auront lieu le 11 et le 18 juin prochain. D’ici là, Emmanuel Macron devra constituer son gouvernement et convaincre les Français de lui donner les clés pour mener à bien son programme.

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