Appliquée en 2012 et définitivement adopté en 2015, le nouvel accord orthographique portugais a fait jaser au Portugal. On parle d’une réforme d’envergure impliquant plus de 5 000 mots, loin, très loin de la suppression de l’accent circonflexe et de quelques traits d’union. Retour sur l’une des réformes les plus polémiques de la décennie à l’ouest de la Péninsule Ibérique.

 

Reforme-de-l-orthographe-la-guerre-du-circonflexe-est-relancee

 

1990 s’est avérée être une année fort polémique au niveau orthographique, et pas seulement en France. A un bon millier de kilomètres d’ici, au Portugal, était discuté, la même année, le nouvel accord orthographique. Loin des quelques accents circonflexes et autres traits d’union supprimés par la nouvelle norme française, la version portugaise du texte a chamboulé un peu plus de 1000 mots dans le dictionnaire brésilien et surtout plus de 5 000 au Portugal. De quoi mettre en rogne le peuple lusitanien au moment de l’application du texte, le 1er janvier 2012, et de son application définitive trois ans plus tard, en 2015. Il faut dire que 5 000, c’est beaucoup, surtout quand on sait que chez nous, un Français moyen utilise à peu près 10 000 mots dans la vie de tous les jours. Imaginez donc, symboliquement, voir la moitié du vocabulaire que vous connaissez changer d’orthographe d’un joue à l’autre. Déjà qu’on gueule pour un petit accent circonflexe, difficile d’imaginer le vacarme que nous ferions si une telle mesure venait à être appliquée dans l’Hexagone.

 

Dualité de l’orthographe dans certains cas

 

Pour ne pas chiffonner tout le monde, l’Acordo Ortográfico (son nom en VO) prévoit, dans certains cas, de préserver l’orthographe de base en plus de la nouvelle graphie possible. C’est le cas des mots comportant des consonnes muettes, le plus célèbre exemple concernant le mot Seleçao, désignant l’équipe nationale brésilienne de football, tandis que celle du Portugal est surnommée… Selecçao. D’autres mots comme inde(m)nizaçao ou perspe(c)tiva peuvent s’écrire des deux manières. Cette dualité permet précisément au portugais original – également parlé dans toutes les autres anciennes colonies hors Brésil – de conserver son patrimoine littéraire et de se distinguer du Brésilien. L’élite littéraire, allant de l’écrivain au journaliste, peut ainsi écrire globalement de la même manière que par le passé. Et pour qui souhaiterait s’adapter rapidement au nouvel accord orthographique, de nombreux éditeurs de dictionnaires lusitaniens ont mis en place une sorte de Google Traduction entre « ancienne » et nouvelle orthographe. Le hic, c’est qu’ils sont peu en Europe à vouloir s’y soumettre.

 

Fierté culturelle ou orgueil colonialiste déplacé ?

 

Une révolte compréhensible. Outre la difficulté d’adaptation qu’implique un chamboulement de 5 000 mots, le défigurement de la langue éloigne, dans certains cas, celle-ci de ses origines latines. Húmido (humide) devient úmido et perd une (petite) partie de son patrimoine latin (humidus). Mais en dehors des intellectuels, rares sont les Portugais à se plaindre pour des raisons étymologiques. Plus que le regretté latin, c’est le fait d’avoir dû s’adapter au dialecte brésilien qui froisse l’égo de bien des Lusitaniens, dont le pays est relégué au second plan dans bien des domaines par sa plus grande ancienne colonie (sans parler de l’Angola qui multiplie les partenariats avec l’ex-métropole et y obtient de plus en plus de parts d’entreprises), alors que dans les faits, cette simplification facilitera énormément les échanges administratifs entre les pays lusophones. Mieux, elle résoudra le problème de la diffusion de la langue à travers le monde et le problème des dictionnaires bilingues. Ironiquement, les pays africains et le Timor oriental, qui ne se sont jamais réellement détachés du portugais classique, font preuve de beaucoup moins d’amertume devant cette nouvelle disposition, comme c’est le cas de l’écrivain cap-verdien Germano Almeida. «Les Portugais font une tempête dans un verre d’eau. La langue n’est pas seulement aux Portugais, elle nous appartient à tous.» Une nouvelle forme d’indépendance.

 

LAISSER UN COMMENTAIRE