Deng Xiaoping et Margaret Thatcher, buvant le thé pour célébrer la rétrocession de Hong Kong (Statues de cire / Crédit : Stéphane Savignard)

En septembre 2014, à Hong Kong, le mouvement Occupy Central (with Love and Peace), essentiellement constitué d’étudiants, se lançait dans de vives protestations à l’encontre du projet du gouvernement chinois, qui désirait intervenir dans les élections du Chef de l’exécutif de Hong Kong, prévues pour 2017. Voilà bientôt deux ans que cette  « Révolution des parapluies » s’est achevée, obtenant même gain de cause. Sauf que, malgré une autonomie proclamée par rapport à la Chine depuis 1997, et des souhaits d’indépendance répétés, les vœux démocratiques d’Hong Kong n’ont jamais été aussi fragilisés.

 

Des graphismes "Hong Kong is not China" (Crédit : Local Studio HK)
« Hong Kong is not China » (Crédit : Local Studio HK)

 

Ces révoltes de 2014, ont rappelé l’ambiguïté de la situation de Hong Kong, qui malgré son statut de Région administrative spéciale de la Chine, reste partagée entre deux modèles. D’une part, la démocratie qu’elle désire implanter, à l’image de celle du Royaume-Uni, qui la gouvernait jusqu’en 1997. Et d’autre part, le système chinois, toujours plus présent en raison des velléités d’annexion de son imposant voisin.

En effet, s’il était initialement prévu qu’Hong Kong devienne un territoire chinois en 2047, il semble que la Chine ait décidé d’accélérer ce processus, n’en déplaise à l’idéal de démocratie dont rêve Hong Kong. Preuve que cet idéal est aujourd’hui menacé, le gouvernement de Hong Kong a décidé, il y a quelques mois, de nommer Arthur Li au poste de directeur de l’Université de Hong Kong. Arthur Li, dont le principal fait d’arme est de s’être fermement et publiquement opposé… aux révoltes des parapluies.

Journal pro-chinois et curieux autodafé

 

S’il en va de la prospérité de la région, l’indépendance de Hong Kong ne semble pas convaincre tout le monde, particulièrement son encombrant voisin. La Chine, depuis l’effectivité de la rétrocession, ne cesse en effet d’accroître son influence sur la région dont le statut autonome est plus que jamais menacé et ses rêves d’indépendances amoindris.

 

"Hong Kong is not China", une séparation marquée jusque sur les terrains de Football (Crédit : Asia Sentinel)
« Hong Kong is not China », une séparation marquée jusque sur les terrains de Football (Crédit : Asia Sentinel)

 

Depuis plusieurs mois, l’influence chinoise se fait ressentir au sein de Hong Kong. Dernier événement en date, le surprenant changement de ligne éditoriale du South China Morning Post. Fervent opposant du gouvernement chinois, ce quotidien est devenu beaucoup plus clément depuis son rachat par Alibaba, géant du commerce électronique chinois.

En outre, le début d’année a aussi été marqué par l’étrange disparition de libraires spécialisés dans la vente de livres critiques à l’égard du régime chinois. Alors que les élections du chef de l’exécutif à Hong Kong se profilent pour la première fois au moyen du suffrage universel, l’ultime réponse de la part des pro-démocrates est intervenue avec la création du HKNP (Hong Kong National Party).

Ce parti, qui milite ouvertement pour l’indépendance d’Hong Kong, envisage de ne pas reconnaître l’applicabilité de la loi chinoise sur le territoire. Toutefois, avec seulement une petite centaine de membres, et un gouvernement chinois toujours plus agressif, il y a fort à parier pour que l’initiative n’aboutisse pas.

 

Aux origines d’une région divisée : « Un Pays, Deux Systèmes »

 

C’est à l’issue de la Guerre d’Opium (1840 – 1842), que le Royaume-Uni obtient de la Chine Hong Kong, et deux autres territoires adjacents. Jusqu’en 1970, le Royaume-Uni refuse catégoriquement de rendre à la Chine ces régions. Il faut attendre 1971 pour que la situation évolue, avec l’obtention par la Chine d’un siège à l’ONU. Ce siège lui servira alors de tribune pour de multiples discours relatifs à la décolonisation d’Hong Kong et de ses territoires adjacents.

Le 19 décembre 1984, Chine et Royaume-Uni s’accordent au sein d’une déclaration commune : le Royaume-Uni s’engage à rendre sa colonie Hong Kong à la Chine, qui, en échange, promet d’y maintenir le système en vigueur pour une durée de 50 ans. Depuis le 1er juillet 1997, Hong Kong est officiellement devenue une région chinoise, avec un statut particulier qui lui permet de conserver son autonomie. Vingt ans plus tard, cette autonomie n’a jamais été aussi illusoire.

 

Deng Xiaoping et Margaret Thatcher, buvant le thé pour célébrer la rétrocession de Hong Kong (Statues de cire / Crédit : Stéphane Savignard)
Deng Xiaoping et Margaret Thatcher, buvant le thé pour célébrer la rétrocession de Hong Kong
(Statues de cire / Crédit : Stéphane Savignard)

 

Après la crise financière que traverse Hong Kong en 1983, une déclaration Sino-Britannique est signée à Pékin en 1984. L’objectif de cette déclaration : formaliser la rétrocession d’Hong Kong à la Chine d’ici le 1er juillet 1997. Toutefois, ce texte contient une particularité : si la Chine récupère Hong Kong, cette dernière obtient un statut particulier de Région Administrative Spéciale (RAS), qui lui permet de conserver son système, en complément du système chinois.

C’est la naissance du « One Country, Two Systems » (Un pays, deux systèmes). Si Hong Kong est officiellement soumise aux réglementations chinoises, elle conserve une « mini constitution » qui lui permet de garder les spécificités de son système acquis sous l’influence britannique. A ce titre, alors que le système légal chinois repose sur les actes du gouvernement, les lois de Hong Kong sont en grande partie édictés par les juges à l’instar du Royaume-Uni et de son système dit de « Common Law ».

Ce statut singulier d’Hong Kong au regard de l’Etat chinois ne résulte pas seulement de son histoire. En effet, si la domination britannique est officiellement révolue, le Royaume-Uni conserve de nombreux intérêts à Hong Kong. Ces intérêts sont essentiellement de nature économiques et financiers, il est donc important pour les britanniques de maintenir un système avantageux pour eux, tels qu’ils l’avaient établi du temps où Hong Kong était encore une colonie.

 

Un pays, deux puissances qui s’affrontent

 

La particularité de ce statut est d’être partagé entre deux nations : la Chine, qui lutte pour s’imposer et annexer totalement Hong Kong, contre le Royaume-Uni, qui se bat pour préserver un système (proche du paradis fiscal) qui avantage sa situation économique. Néanmoins, cette lutte semble veine puisque, comme le prévoyait le texte officialisant la rétrocession, le régime de RAS est voué à disparaître d’ici 50 ans, soit en 2047.

En attendant, Hong Kong reste en modèle en matière d’économie capitaliste. Adepte du libre-échange et des faibles taux d’imposition, la région est l’une des plus grandes places financières au monde. Sorte de Londres bis tant elle accueille le plus grand nombre de multinationales.

 

« Hong Kong est la meilleure illustration du capitalisme fondé sur le laissez-faire », Milton Friedman (Prix Nobel d’économie, d’inspiration libérale).

 

L’Index de la liberté économique classe d’ailleurs Hong Kong en tête depuis une dizaine d’années (la Suisse étant par exemple quatrième), son attractivité financière n’est donc plus à présenter. Elle conditionne d’ailleurs la prospérité de la région, à tel point que la présence grandissante des principes chinois, qui se manifestent parfois par la présence de l’armée, mettent en danger sa survie. Un argument supplémentaire pour Hong Kong qui, depuis plusieurs années, espère acquérir son indépendance. Et s’il était là, le réel premier conflit du XXIe siècle entre l’occident et la Chine?

 

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