La tentative de coup d’Etat avortée aura de lourdes conséquences sur l’armée et la vie politique turques, et possiblement sur ses relations avec les Etats-Unis. Skyzo revient sur les conséquences probables des événements du vendredi 15 juillet.

 

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Des chars sur le détroit du Bosphore. Les locaux de la télévision publique envahis. Recep Tayyip Erdogan en interview via Facetime. Le peuple qui met l’armée en échec à Istanbul-Atatürk. Les putschistes qui effectuent des tirs de sommation, puis qui tirent à tout va sur la foule. Les soutiens d’Erdogan au sein de cette même armée qui ripostent, et mettent un terme à la tentative de coup d’Etat qui aura fait 290 morts. Et maintenant, c’est fini ? Non, tout ne fait que commencer, car ce putsch manqué aura forcément des conséquences sur la vie politique turque, et sur la vie des Turcs tout court.

 

Une purge au sein de l’armée

 

Premier enseignement à tirer de ce coup d’Etat pour le président turc, l’armée du pays regorge d’opposants au pouvoir actuel. Ainsi, dans le cadre de l’enquête suivant ce coup d’Etat avorté, 6.000 militaires ont déjà été placés en garde à vue alors que près de 3.000 mandats d’arrêt ont été délivrés à l’encontre de juges et de procureurs. Des mesures qui vont dans le sens des derniers discours de Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier avait déclaré, face à une foule en délire, samedi, vouloir « éliminer le virus de toutes les institutions étatiques. » Le champ lexical du ménage a également été employé par le chef de l’armée par intérim, le général Dündar. Ce dernier vise précisément les « membres de structures parallèles » de l’armée. Erdogan a manifesté son intention de réhabiliter la peine de mort, abolie en 2004, afin de faciliter cette purge.

 

Tous contre Fetullah Gülen ?

 

En exil aux Etats-Unis depuis 1999, Fetullah Gülen est accusé d’avoir orchestré la tentative de coup d’Etat depuis le continent américain. L’intéressé s’est défendu d’avoir participé au putsch dans les colonnes du New York Times. « Pour quelqu’un qui a souffert de multiples coups d’états en cinq décennies, il est particulièrement insultant d’être associé à une telle tentative », a-t-il expliqué. Pour ce qui est d’éventuels soutiens impliqués dans le putsch raté de vendredi, Gülen botte aussi en touche. « J’ignore qui sont mes partisans. »

 

Des tensions à venir avec Washington ?

 

Dans un pays où la théorie du complot est présente dans bien des esprits, l’on n’exclut pas un lien entre les Etats-Unis, pays de résidence de Fetullah Gülen, et la tentative de putsch de vendredi soir. Les Américains sont en outre accusés d’abriter l’ennemi juré d’Erdogan, si bien que le président turc demande son extradition en gage de bonne foi de la part de la Maison Blanche. « J’en appelle à l’Amérique, j’en appelle au président » Obama. « Monsieur le président, je vous le dis, renvoyez ou livrez nous cette personne », a lancé le chef d’Etat turc à la foule.

Agacé par les insinuations, John Kerry s’est entretenu avec le ministre turc des affaires étrangères pour lui assurer que « les États-Unis seraient disposés à fournir de l’aide aux autorités turques dans la conduite de cette enquête. » Le secrétaire d’Etat américain en a profité pour réprimander son homologue turc, arguant que « les insinuations ou affirmations publiques à propos du rôle que les États-Unis auraient pu avoir dans la tentative avortée de coup d’État sont tout à fait fausses, et nuisible à nos relations bilatérales. »

La question sera désormais de savoir si Erdogan est prêt à mettre en péril ses relations avec les Etats-Unis à des fins populistes. Rien n’est moins sûr. La seule certitude, c’est que le président de la Turquie se trouve dans une posture extrêmement favorable à l’échelle nationale, et qu’il va sans doute réussir à asseoir un peu plus son emprise sur le pays.

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