Ah la France, pays des Droits de l’Homme, de la Révolution Française, des Lumières ! Mais en ce 10 mai 2017, c’est une autre partie de l’Histoire qui est mise à l’honneur : l’abolition de l’esclavage, décrétée le 27 avril 1848 sous l’impulsion de Victor Schoelcher, sous-secrétaire d’État aux colonies.

Lumière parmi les Lumières, Montesquieu est souvent applaudi pour sa critique ironique de l’esclavage noir dans le chapitre 5, intitulé « De l’esclavage des nègres », du livre 15 de son œuvre la plus importante : De l’Esprit des lois, dont voici un condensé :

« Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.
Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé, qu’il est presque, impossible de les plaindre.
On ne peut se mettre dans l’esprit que dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir.
[…]
Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun, c’est qu’ils font plus de cas d’un collier de verre que de l’or, qui, chez des nations policées, est d’une si grande conséquence.
Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si  nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.
De petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains. Car, si elle était telle qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d’Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d’en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ? »

Beaucoup voient en ce chapitre 5 un exemple de l’usage de l’ironie en littérature des idées. Une saillie qui, venant de Montesquieu, aurait grandement contribué à la première abolition de l’esclavage datant du 28 septembre 1792, qui ne sera interdit dans les colonies que le 4 février 1794, par décret.

Seul petit bémol : l’attrait de Montesquieu pour la théorie des climats, que trahit le titre du fameux livre 15 – « Comment les lois de l’esclavage civil ont du rapport avec la nature du climat ». Bémol qui vire à la fausse note lorsque l’on s’attarde sur d’autres passages de ce quinzième volet comme ce chapitre 7 :

« Il y a des pays où la chaleur énerve les corps et affaiblit si fort le courage que les hommes ne sont portés à un devoir pénible que par la crainte du châtiment : l’esclavage y choque donc moins la raison […] L’esclavage est contre la nature, quoique dans certains pays il soit fondé sur une raison naturelle. Et il faut bien distinguer ces pays d’avec ceux où les raisons naturelles mêmes le rejettent, comme les pays d’Europe où il a été si heureusement aboli. »

Et des fois que l’on ait mal compris : « Il ne faut pas être étonné que la lâcheté des peuples des climats chauds les ait presque toujours rendus esclaves, et que le courage des peuples des climats froids les ait maintenus libre. C’est un effet qui dérive de sa cause naturelle » (chapitre 2 du livre 17).

Difficile donc de croire que Montesquieu était anti-esclavagiste et encore plus que ses écrits aient pu servir la cause noire en son temps mais qui sait, la lumière était peut-être éteinte lorsqu’il écrivait ces lignes.

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