On connaissait la remise de peine pour bonne conduite. Le Brésil, victime d’un système carcéral défaillant, a décidé d’innover en 2012 en faisant de la remise de peine par la lecture une loi fédérale. Certains prisonniers peuvent ainsi espérer gagner de nombreux jours de libertés à condition d’étudier sans relâche derrière les barreaux.

 

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DANS TA FACE, MICHAEL SCOFIELD.

 

2009, Etat de Santa Catarina. La direction de la prison de Catanduvas décide de mettre en place un programme qui permettrait aux détenus de réduire leur durée d’emprisonnement en lisant et étudiant des livres. L’idée séduit et est largement reprise par d’autres villes, à tel point qu’en juin 2012, le gouvernement de Dilma Rousseff met officiellement en place un programme baptisé Remição pela Leitura (« Rédemption par la lecture ») qui permet donc à certains détenus d’obtenir des réductions de peine pour récompenser leurs lectures. Une mesure qui vient soutenir l’effort de lutte du gouvernement contre la récidive et l’illettrisme derrière les barreaux. Un moyen entre autres de changer leur façon de percevoir le monde extérieur.

 

1 livre lu = 4 jours de remise de peine

 

Privés de leur liberté, les détenus des prisons brésiliennes pourront désormais consacrer leur temps à la lecture de livres touchant à la philosophie, les sciences, la littérature nationale classique ou contemporaine en échange desquels ils pourront prétendre, sous certaines conditions, à une remise de peine non négligeable.

 

Annoncée en 2012 et globalisée en 2013, l’initiative permet de gagner 4 jours de remise de peine par livre lu et étudié. Le nombre maximum de livres pris en compte est de 12 par année, ce qui correspond à une réduction de peine d’au plus 48 jours (comptez une grosse année de gagnée pour dix de lecture intensive). Les prisonniers doivent rendre des travaux réalisés avec rigueur, tant sur le fond que la forme, pour attester de la bonne lecture et compréhension des œuvres choisies.

 

Un programme qui peut surprendre quand on sait que 70% des détenus brésiliens n’ont pas achevé l’école primaire et 10,5% sont analphabètes (Silva*, F. 2009).

 

*Silva, F. (2009). Education for All and the Dream of an Alternative Prison Policy in Brazil. Convergence, 42(2), 187-211

Les détenus sont sans surprise limités dans leur choix de lecture, les livres devant être approuvés au préalable par les autorités carcérales.

Après les ivresses du ballon rond, le Brésil, malgré un système carcéral défaillant, se démarque par la diversité de ses initiatives et va même jusqu’à inspirer d’autres pays dans cette démarche. L’Italie (Calabre, 2014) et dernièrement la France l’ont suivi sur l’idée de la lecture. En revanche, ce n’est pas le cas du Royaume-Uni, prétextant des mesures sécuritaires qui viennent pénaliser l’action des ONG qui luttent contre l’illettrisme. L’annonce en 2014 d’interdire d’envoyer des livres de l’extérieur aux détenus a scandalisé les écrivains britanniques qui se sont mobilisés contre une telle mesure qu’ils jugent comme une entrave à l’accès à l’éducation. Chose que le ministre des prisons britanniques a tenu à nuancer en avançant que les détenus pouvaient toujours avoir accès aux bibliothèques et qu’il était faux de dire qu’ils ne pourraient désormais plus lire derrière les barreaux.

 

La lecture pour changer l’Homme ?

 

Dans son œuvre Le Pilon, l’écrivain français Paul Desalmand affirme :

“Il n’y a vraiment que deux choses qui puissent faire changer un être humain : un grand amour ou la lecture d’un grand livre.” Mais est-il raisonnable de considérer que la lecture seule puisse mener à la rédemption ? Que l’on soit d’accord ou non avec une telle initiative, il est indéniable qu’elle ramène des résultats encourageants et prometteurs même s’il reste difficile d’en mesurer les impacts. Globalement, les détenus en ressortent quelque peu changés, et deviendraient davantage éclairés et meilleurs. Pragmatiquement, la réinsertion leur est facilitée par l’accès à la culture. Mais auront-ils le temps, l’argent, ou l’envie de poursuivre leur entreprise d’enrichissement culturel une fois leur liberté retrouvée ? Rien n’est moins sûr. L’impact chiffré sur le taux de récidive chez les prisonniers ayant expérimenté un tel programme se fait, en plus, toujours attendre…

 

Pédaler pour la liberté au Brésil

 

Sur un modèle similaire, d’autres programmes en phase d’exploration menant à des réductions de peine ont fleuri un peu partout dans le monde, tous plus originaux les uns que les autres. Dont un autre au Brésil (encourageant pour un pays ayant un système carcéral jugé défaillant), où le directeur d’une prison utilise ses prisonniers pour produire de l’électricité en faisant du vélo d’appartement. Cette activité, qui vise à restaurer l’estime de soi et à entériner la récidive, donne également droit à une réduction de peine (un jour en moins pour trois journées d’environ huit heures de pédalage). A ce rythme-là, on devrait vite retrouver un Brésilien sur le podium du Tour de France.

 

A chaque coup de pédale, des secondes de moins en prison – EuroNews

 

 

 

 En Inde, à Gwalior, c’est le Yoga fait sortir plus vite de prison.

 

Un programme-pilote a été lancé par les autorités indiennes en 2010, permettant à 400 détenus indiens d’obtenir des remises de peine en l’échange de cours de Yoga. Pour trois mois de séances, le détenu se verra récompenser de 15 jours de remise de peine. Le Yoga aurait pour effet « d’améliorer leur maîtrise d’eux-mêmes et de réduire leur agressivité », selon les dires de Sanjay Mane, inspecteur général des prisons de l’Etat de Madhya Pradesh. Se libérer en somme de sa prison intérieure pour sortir plus vite de sa prison extérieure.

 

Quid de la France ? Notre justice est-elle en retard?

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