Credit: Kim Metso

Sorti un Vendredi Saint, DAMN. est le quatrième album de Kendrick Lamar. Avec ce dernier, chargé d’une dimension religieuse omniprésente, le rappeur de Compton se mue en pasteur californien pour prêcher la bonne parole à ses fans en manque de repères.

Kendrick Lamar est sans conteste l’un des rappeurs les plus talentueux de sa génération. Dès ses débuts son flow, ses lyrics, ses clips et ses messages envers la jeunesse et les minorités ont fait de lui le porte-parole de toute une communauté outre-Atlantique. Un rôle qu’il avait assumé avec brio dans son troisième album studio To Pimp a Butterfly.

Avec DAMN., sorti le 14 avril, Kendrick est dans la continuité. Son message est toujours dirigé vers la jeunesse et les minorités mais ce qui ressort le plus des 14 morceaux est l’omniprésence des références chrétiennes dans ses textes. K-Dot a toujours évoqué sa lutte intérieure entre le bien et le mal dans ces lyrics à travers des références religieuses. Mais dans DAMN., dont le titre même illustre d’entrée le propos de cet article, le Californien pousse le vice, ou plutôt la vertu, bien au-delà de ce qu’il a déjà pu faire auparavant.

Sur les 14 morceaux qui composent l’album, Pasteur Kendrick a glissé plus d’une vingtaine de références religieuses, soit plus d’une par piste. Pas besoin d’entrer dans le cœur de l’album pour en trouver d’ailleurs. La tracklist parle pour elle-même : « YAH. », troisième morceau de l’album, est l’abréviation de « Yahweh » ou « Yahvé », des termes connus comme les formes les plus proches du nom du Dieu de l’Ancien Testament. Les 7e et 9e pistes, « PRIDE. » et « LUST. », font directement références aux sept péchés capitaux, ici l’orgueil et la luxure. HUMBLE., 8e track de la playlist qui suit donc « PRIDE. », est également une référence à la Bible : « when pride comes, then comes disgrace, but with the humble is wisdom », comprendre « quand vient l’orgueil, vient aussi l’ignominie; Mais la sagesse est avec les humbles », Proverbes 11:2. Enfin « GOD. », 13e titre de DAMN. fait encore référence à Dieu.

Cette omniprésence de la religion dans le dernier album de Kendrick Lamar sert le propos du rappeur qui y fait son habituelle introspection, mais qui prêche également auprès des minorités du pays de l’Oncle Sam. Dans « YAH. » puis dans « DUCKWORTH. », Pasteur Kendrick interprète le Deutéronome, les dernières paroles de Moïse au peuple d’Israël, et affirme que les Afro-américains, les Hispaniques et les Amérindiens sont les descendants directes de ce peuple. Il appelle ainsi ces derniers à lire les écritures et à prendre en main leur destin afin d’en changer la finalité.

Kendrick Lamar mêle donc rap et religion afin de faire passer un message à ses auditeurs. Il attend des minorités qu’elles comprennent et assument leur héritage historique et religieux dans le but de prendre le droit chemin et de faire changer les choses. Avec DAMN., K-Dot cherche donc à dépasser son rôle de porte-parole de la communauté noire et se mue en Pasteur Kendrick afin de prêcher la bonne parole envers toutes les minorités. Un dépassement de fonction qui s’explique en grande partie par l’élection de Donald Trump, qu’il tacle régulièrement, à la tête des Etats-Unis.

Ce quatrième album, sorti un Vendredi Saint, faut-il le rappeler, voit donc Kung Fu Kenny rapper son histoire et Pasteur Kendrick prêcher pour la communauté. Un mélange qui en convaincra certains et en laissera d’autres plus perplexes, mais après tout, comme dit souvent Youssoupha : « qui prétend faire du rap sans prendre position » ?

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