EXCLUSIF – Ils s’appellent Soufiane Khellaf et Qian Xin Yan et font partie de ces jeunes entrepreneurs français partis à l’étranger pour partager un savoir-faire, celui du football à la française. Épris du ballon rond et animés d’une détermination implacable, ils acceptent aujourd’hui de se livrer sur leur projet entrepreneurial, Uniren, dans les colonnes de SKYZO.

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Tout d’abord, comment présenteriez-vous Uniren ?

 

Soufiane KHELLAF : C’est tout d’abord le fruit d’une rencontre, celle de trois étudiants à Kedge Business School Marseille : un Français, un Franco-chinois et un Chinois. Qianxin et moi avons grandi à Paris et nous sommes investis dans la même association étudiante tandis que Haochen a suivi son cursus à l’école normale supérieure de Shanghai avant d’effectuer un échange d’un an à Marseille. Tout est parti de là. Une fois diplômés, nous nous sommes lancés dans nos carrières respectives tout en ayant en tête de se retrouver pour un projet entrepreneurial en commun, si possible autour du football, en tant que passionnés. En février 2015, par un concours de circonstances, et vu que le sujet du football en Chine est très rapidement abordé, on décide donc de se lancer pour participer au développement du football chinois. En Mars 2015, l’équipe s’établit en Chine et les démarches administratives sont lancées. Six mois plus tard, l’académie de football pour enfants (filles & garçons) de cinq à douze ans ouvre ses portes et l’aventure Uniren commence.

 

Pourquoi la Chine ?

 

Soufiane KHELLAF : Parce qu’il y avait une demande tout simplement. Le football en Chine est beaucoup moins mature et développé que ce qu’on peut connaître en France. Il y a très peu de licenciés – à peu près 100 000 pour un pays d’un milliard et demi d’habitants – et très peu de structures dans le monde amateur et dans le monde de l’enfance. Ce n’est pas comme en France où tout est structuré : vous allez dans votre quartier, vous vous inscrivez à votre club de foot et participez à un championnat… En Chine, il n’y a rien de tout cela. C’est un terrain très vierge et donc on a voulu apporter notre pierre à l’édifice en montant notre propre école de football et en voulant enseigner le football selon notre vision, à savoir un football « à la française ».

 

Qu’entendez-vous par « football à la française » ?

 

Soufiane KHELLAF : C’est un football avec une approche et une pédagogie qu’on a pensée et qu’on a élaborée par nous-mêmes, fondée sur quatre valeurs : la passion du football, l’éducation, la santé et l’ouverture culturelle (par le fait d’être en contact avec des entraîneurs et un staff français, et de suivre des entrainements en anglais).

Ces quatre valeurs constituent l’ADN d’Uniren et s’opposent à ce qui se fait traditionnellement dans l’enseignement du sport en Chine, où le coach adopte souvent un angle d’enseignement assez porté sur l’autorité. En d’autres termes, la pédagogie d’Uniren, c’est apprendre par l’amusement, par le plaisir et utiliser finalement le football comme un outil pour participer au développement des compétences personnelles de l’enfant. Notre idée de base, ce n’était pas de nous inscrire dans une logique élitiste en ne sélectionnant que les meilleurs pour les conduire vers le monde professionnel, même si on ne se ferme pas ce volet pour le futur, mais plutôt de développer un football pour tous.

 

Quel est le rapport au football des jeunes en Chine ?

 

Soufiane KHELLAF : Il faut savoir que dans le contexte chinois, les jeunes sont très portés sur les études et délaissent beaucoup le sport. Résultat des courses, beaucoup d’enfants se retrouvent en surpoids. Ce n’est pas un hasard si le taux de diabétiques en Chine a récemment dépassé celui des Etats-Unis. Les enfants ne mangent pas forcément bien et ne se dépensent par toujours assez. On voulait donc sensibiliser les parents sur ces questions mais avant tout les rassurer sur l’utilité de notre projet en insistant sur le fait que l’apprentissage que nous proposons soit en accord avec l’exigence du développement personnel qu’ils espèrent pour leurs enfants. Autrement dit, le football pour nous, ce n’est pas que taper dans un ballon, c’est aussi un moyen de développer des compétences qui serviront plus tard aux enfants, aussi bien dans leur scolarité et dans leur vie professionnelle.

 

« En Chine, l’enseignement du sport se fait sous un angle très autoritaire »

 

Pourquoi et comment réussissez vous à promouvoir ce fameux « football à la française » ?

 

Soufiane KHELLAF : On essaye quotidiennement de leur enseigner le football comme on l’a appris en France quand on était plus jeunes – à savoir un football humain, porteur de valeurs et contribuant au bon développement de l’enfant. L’enseignement du sport en Chine se fait sous un angle très autoritaire et on estime que ce n’est pas le bon moyen d’enseigner un sport à un enfant, surtout quand celui-ci a moins de 12 ans. On a eu la chance d’échanger avec beaucoup d’experts dans le monde du football, notamment en France, pour construire notre méthode. Tous sont unanimes pour dire qu’avant 12 ans, ce n’est pas du football. Le travail de fond dans l’apprentissage du football en vue d’une carrière professionnelle s’effectue entre 12 et 16 ans. Avant 12 ans, l’enseignement se doit de relever de l’amusement en permettant à l’enfant de s’épanouir tout en se défoulant. Et à partir de 16 ans, on entre dans la phase de professionnalisation. On considère donc qu’il est contre-productif d’enseigner le football par l’autorité à des jeunes enfants de moins de 12 ans.

 

Il a donc toutes ses chances à l’avenir même face à la concurrence étrangère grandissante (anglaise, allemande, néerlandaise…) présente sur le marché chinois ?

 

Soufiane KHELLAF : Bien sûr ! Sinon on ne l’aurait pas fait et on n’en serait pas là aujourd’hui. Si le projet perdure 6 mois plus tard avec 100 enfants inscrits, c’est que l’angle adopté plaît et qu’il est un minimum pertinent. Maintenant, pour ce qui relève de la concurrence étrangère, chaque acteur prend l’angle qu’il souhaite. En tout cas, notre positionnement est très précis et la vision du football que nous souhaitons développer n’est pour le moment pas présente en Chine.

 

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Comment se déroulent vos entraînements au sein de l’académie ?

 

Soufiane KHELLAF : Notre semaine se déroule en deux temps. Du lundi au vendredi, on réfléchit sur le développement de la structure et on finit la semaine par nos entraînements qui se déroulent les samedi et dimanche. Comment se passent les entraînements ? On accueille les enfants pour une séance de deux heures. Ceux-ci arrivent accompagnés de leurs parents et à la fin de chaque entraînement, pour axer sur le volet ‘santé’, les gamins repartent avec des fruits frais.

 

Qian Xin YAN : Grosso modo, on accueille l’enfant, on essaye de discuter avec lui, de créer la conversation – en anglais – histoire de savoir un petit peu comment s’est passée sa semaine. Par la même occasion, on cherche à tisser des liens avec les parents, à se montrer disponible et à l’écoute (pendant et après l’entraînement) toujours dans l’optique d’être centré sur l’humain. L’entraînement commence, les enfants rejoignent leur groupe d’âge, bouteille d’eau et chasuble de couleur à la main. Il faut dire que ce petit rituel n’était pas forcément évident à mettre en place dans les débuts en raison du manque de familiarité des enfants avec un tel format. Mais avec l’habitude, ils sont parvenus à intégrer correctement ces automatismes. L’entraînement se passe donc, puis se termine par une séance d’étirement et un cri de guerre pour axer encore une fois sur le collectif et renforcer la cohésion entre les enfants. Enfin, juste avant de procéder à la distribution des fruits comme le disait Soufiane, on insiste pour que chaque enfant aide son entraîneur à ramasser le matériel en vue encore une fois de transmettre des valeurs de responsabilité, de respect, de solidarité et d’entraide.

On s’attache aussi à faire un retour constructif auprès des parents autant lorsque l’enfant s’est montré agité ou turbulent que lorsque celui-ci a délivré une belle prestation.

 

« Quand on a demandé aux enfants de s’entraîner de la tête pour la première fois, ils pensaient qu’on se moquait d’eux. Ils croyaient que le football ne se jouait qu’au pied ! »

 

Dès lors que ces jeunes intègrent votre académie, comment leur transmettez-vous cette passion pour le ballon rond de sorte à ce qu’ils consacrent beaucoup de leur temps à cette activité, quand on sait que derrière, le métier de footballeur n’est pas accessible à tout le monde ?

Soufiane KHELLAF : La culture du football en Chine est pour le moment très peu développée, donc le football n’est pas encore populaire comme il peut l’être en France ou ailleurs. Mais l’intérêt qu’ils ont est réel et il s’accentue avec la pratique. Pour la petite anecdote, une mère de famille nous disait l’autre jour que chaque week-end, son fils était tout enjoué à l’idée de se rendre à son entraînement de foot. Elle nous racontait qu’en se levant chaque samedi matin, la première chose qu’il faisait, c’était d’enfiler son maillot de foot, bien qu’il puisse avoir d’autres activités extra-scolaires dans la même journée. Il faut savoir qu’en Chine, la plupart des enfants ont des activités du samedi au dimanche toute la journée pour leur développement personnel. Donc ce qu’elle voulait nous faire comprendre, c’est que si le gamin a piano le matin et foot l’après-midi, il lui tiendra à cœur de porter son maillot toute la journée. C’est vraiment plaisant d’avoir de tels retours. Ce qui est certain donc, c’est qu’ils aiment le foot et c’est pour nous un premier pas vers la popularisation de ce sport. Le fait de stimuler leur intérêt par le biais des entraînements va certainement les pousser à regarder des matchs et à s’intéresser davantage au monde du football en général, de sorte à entrer dans une dynamique qui, pourquoi pas, pourrait créer des vocations chez certains mais surtout démocratiser ce sport à l’échelle nationale. D’ailleurs, à l’approche des beaux jours, on voit des maillots fleurir sur les gamins et c’est bon signe. La machine est bien en marche, c’est indéniable !

 

Pensez-vous que vos jeunes se penchent sur ce qu’il se passe à l’étranger dans le monde du football ? Ou même sur ce qui se passe en Chine… 

 

Soufiane KHELLAF : C’est assez disparate. Autant on a des jeunes qui suivaient déjà le championnat professionnel, les championnats européens et/ou les grandes compétitions internationales. Autant certains ne connaissaient rien au football et découvraient pour la première fois ce sport. D’ailleurs, étant donné que notre positionnement était un peu particulier, on a réussi à séduire par notre approche certains parents qui ne voyaient pas le football d’un bon œil ou comme une activité enrichissante et utile pour leurs enfants. Ainsi, une fois qu’on a pu démontrer l’apport que cette activité pouvait avoir, ils se sont dits pourquoi pas finalement. Et donc pour certains enfants, c’était un grand début. Certains n’avaient jamais vu de match de leur vie ! Après en soi, certains championnats étrangers sont suivis par bon nombre de Chinois, et ce bien plus que le championnat national parfois. Je pense au championnat d’Angleterre par exemple. Mais on remarque tout de même ces derniers temps qu’il y a une certaine réconciliation avec le championnat chinois qui s’opère auprès des jeunes, sans doute en raison de l’arrivée cet hiver des nouvelles grandes stars étrangères comme on a pu le voir dans les médias.

 

Comment vous décririez le fossé culturel qui sépare les enfants chinois du football ?

 

Qian Xin YAN : D’abord, je commencerais par dire qu’on a touché – et c’est là la force de notre projet – des parents qui ne voyaient pas initialement le football comme une activité utile pour le développement de leurs enfants. Contrairement à la France, les parents chinois ne voient pas le football comme un moyen de réussite sociale. Ils cherchent avant tout la réussite de leurs enfants. Notre positionnement précis leur apportait des garanties en ce sens et c’est en cela que beaucoup de parents ont été séduits, bien qu’ils n’aient a priori aucun lien avec le football.

 

Ensuite, je peux vous citer l’exemple d’une petite fille, Suga, qui pratique plusieurs activités. Je ne sais pas si vous visualisez, c’est le cliché de la petite fille toute vêtue de rose qui prend des cours de piano, de danse et de chant. A première vue, elle et sa famille n’ont pas vraiment de lien avec le football et pourtant, on la retrouve chaque samedi sur le terrain, en tenue, très enjouée ! Elle est dans le personnage quoi ! Elle symbolise ce que l’on souhaite faire passer comme message.

 

La deuxième anecdote sympa illustre ce que Soufiane disait précédemment sur le manque de culture footballistique des jeunes chinois. Beaucoup pensent que le football ne se joue qu’au pied. Autant dire que lorsqu’on leur a demandé pour la première fois de s’entraîner de la tête, tous pensait qu’on se moquait d’eux (rires). C’est dire à quel point le football n’est pas aussi installé qu’ici en Europe…

 

Soufiane KHELLAF : (rires) Il est vrai qu’à ce moment de l’entraînement où j’ai commencé l’exercice des têtes pour la première fois – pendant que tous les enfants craignaient pour leurs cheveux et leurs neurones (rires) – j’ai vu une foule intriguée se constituer autour de moi, smartphones en main prêts à filmer et photographier ce geste -contre toute attente- fascinant. Je me suis cru, le temps d’un instant, au parc des princes !

 

C’est fou…

 

Qian Xin YAN : Pour le moment, il ne faut pas être trop demandant sur leurs connaissances du football. On n’a même pas essayé d’expliquer les hors-jeu. On essaye d’y aller progressivement. D’où l’importance d’essayer de se replacer dans le contexte pour voir dans quoi s’inscrit notre projet et où en est le football en Chine aujourd’hui.

 

Soufiane KHELLAF : Tout à fait ! Il n’est pas pertinent donc de faire de trop de parallèles avec ce qu’on connaît en termes de football amateur en France et en Europe, que ce soit au niveau technique ou physique. C’est vraiment un autre monde, un tout autre contexte !

 

Qian Xin YAN : Absolument ! On vous le dit car c’est ce qu’on a pu voir sur le terrain. Mais pas seulement. On a rencontré dernièrement Demba Ba. Quand il a su qu’on était dans la formation des enfants avec notre projet sportif, il a tenu à souligner qu’il y avait un vrai retard et donc une charge de travail plus qu’importante sur ce marché. Il côtoie pourtant le monde professionnel ! Il va sans dire que le chantier de la formation est très conséquent sur ce créneau.

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« Pour Francis Gillot, au moins cinq ou six clubs chinois ont le niveau pour jouer en Ligue 1 »

 

En parlant de Demba Ba et du football professionnel chinois, comment se place qualitativement le football chinois en Asie, par rapport au championnat japonais ou ceux des pays du Golfe par exemple ?

 

Soufiane KHELLAF : Le club qui a la plus grande valeur marchande au monde est chinois, c’est Guangzhou Evergrande. A titre de comparaison, c’est un club qui vaut plus cher et qui dégage plus d’argent que le Real Madrid ou que Manchester United. Il s’agit d’ailleurs d’un des meilleurs clubs en Asie, puisqu’il a remporté les cinq derniers championnats chinois et la Ligue des Champions asiatique en 2013 et 2015. Ca révèle le potentiel et le niveau qu’il peut y avoir. La Chine a de bons clubs dont certains ont leur place sur la scène asiatique voire même européenne. On avait d’ailleurs posé la question du niveau du football chinois à Francis Gillot, ancien entraîneur de Bordeaux et d’un des clubs de Shanghai. Ce dernier soutenait que le niveau professionnel n’était pas si faible. Pour lui, au moins 5-6 clubs chinois qui ont largement le niveau pour jouer en Ligue 1, par exemple. Il citait Demba Ba, et disait que si ce dernier ne se démenait pas à l’entraînement, il pouvait difficilement espérer toucher un ballon. Pareil pour Didier Drogba ou encore Nicolas Anelka : ils n’ont pas marqué une trentaine de buts comme on aurait pu le croire !

 

 

Qian Xin YAN : Bien entendu, si on doit faire une moyenne ou une généralité, force est de constater que le niveau est moins bon que les championnats européens. L’idée, c’est d’insister sur le fait que le championnat chinois, malgré le travail qu’il reste à accomplir, progresse et est en train d’aller de l’avant depuis un certain temps.

 

 

Peut-on espérer assister, à l’avenir, à la naissance de footballeurs d’exception comme c’est le cas en gymnastique, en athlétisme ou au ping-pong ?

 

Soufiane KHELLAF : Sûrement ! Il n’empêche qu’il s’agit d’un travail de longue haleine. Pour en avoir discuté avec plusieurs experts, on est d’accord pour dire qu’on en est à l’étape une et que l’enjeu actuel est de populariser le foot dans le pays. Pour ce qui est de rattraper le niveau européen et de bâtir une équipe nationale compétitive, il faut plusieurs générations. Au moins une vingtaine d’années. On part vraiment de loin. Mais avec tous les investissements actuels et le dynamisme du gouvernement autour de ce sport, la Chine est amenée à jouer un rôle majeur à l’avenir dans ce sport.

 

En parlant du gouvernement chinois, pourquoi fait-il du football un enjeu aussi important ces dernières années ?

 

Soufiane KHELLAF : Le football étant le sport le plus populaire au monde, investir dans ce sport est un bon moyen pour la Chine de rayonner davantage sur la scène internationale et de bonifier son image après avoir fait ses preuves sur le plan économique.

Qian Xin YAN : Le fait que le leader chinois actuel, Xi Jinping, apprécie le football est également non négligeable. Etant passionné de ballon rond, il a tenu à le montrer dès son arrivée à la tête du gouvernement en murissant un « plan football » au sommet de l’Etat pour faire de la Chine une superpuissance du football et souhaite sur le long terme atteindre quatre objectifs importants : construire une équipe nationale compétitive (la Chine pointe à la 82ème place du Classement FIFA), participer à nouveau à une Coupe du monde, l’accueillir et la gagner !

 

« On a été surpris par l’ambiance de certains stades, comparable à celle du Parc des Princes »

 

Comment s’assurer que le peuple partage cette volonté de voir une Chine forte footballistiquement parlant ?

 

Qian Xin YAN : C’est peut-être caricatural mais en Chine, le mode de pensée est assez binaire : ici, quand le leader dicte ou s’investit dans quelque chose, tout le monde suit et un élan se crée. Lorsque Xi Jinping a parlé de développer le football, il a tout de suite été suivi dans son idée. Je ne sais pas si vous vous rappelez de sa visite en Angleterre, lorsque celui-ci s’est rendu au club de Manchester City et s’est retrouvé à poser pour un selfie aux côtés de David Cameron et du joueur argentin Agüero. Il s’est retrouvé le lendemain dans tous les médias chinois. Les gens en ont parlé, et ce, même dans les hautes sphères chinoises, notamment chez les grands patrons. Ces derniers ont tout de suite compris que le football était un investissement judicieux. On peut dire qu’en Chine, le public régit le privé et le privé sert le public. L’économique est très souvent lié au politique, les grosses structures chinoises n’ont donc qu’à suivre la tendance. On essaye donc de s’inscrire donc dans cette dynamique.

 

Soufiane KHELLAF : Aujourd’hui, les principaux clubs chinois, appartiennent en partie ou en totalité à des structures privées. Guangzhou Evergrande dont on parlait tout à l’heure appartient à 50% à Ali Baba, qui est l’une des plus grosses sociétés chinoises. C’est le cas également du club Jiangsu Suning qui n’était pas trop connu avant l’entrée de Suning – le Darty chinois – dans le capital de ce club, qui s’est par la suite offert le milieu brésilien de Chelsea, Ramires. Tous ces investissements qui ont permis la venue de grandes stars européennes ont permis d’attirer la lumière sur le championnat chinois, ce qui est de bonne augure pour le gouvernement qui souhaite se départir de son image de nain du football.

 

20 000 spectateurs par match, c’est légèrement moins qu’en Ligue 1. Vous la sentez vraiment la ferveur pour le football en Chine ?

 

Soufiane KHELLAF : Pour les chinois déjà conquis par ce sport, la ferveur se fait sentir. L’engouement se fait de plus en plus grand. Les chinois qui aiment le foot ici l’aiment vraiment. C’est-à-dire que tu peux être sûr qu’ils suivront les grandes compétitions internationales. Il n’y a qu’à voir l’histoire des chinois morts de fatigue pendant la dernière Coupe du monde au Brésil parce qu’ils se levaient la nuit pour regarder les matchs en direct. Pareil au niveau des stades des gros clubs… Pour avoir assisté à quelques matchs, on a été surpris par l’ambiance, comparable à celle du Parc des Princes. La rivalité historique entre Shanghai et Pékin se transpose même dans le foot – classico, bagarres, comités de supporters… Maintenant, il reste qu’à côté de cela, beaucoup de Chinois ne sont pas encore réconciliés avec leur équipe nationale et le championnat chinois. Beaucoup ne suivent pas du tout les matchs ou préfèrent du moins suivre les championnats étrangers comme la Premier League, entre autres.

 

Tous propos recueillis par Leila Kellou et Sofiane Zekri.

Crédits photos : UNIREN

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