Le développeur est avant tout un street-artist (Crédit : Thibault Farnier)

Le 13 septembre, le monde célèbre les développeurs et les programmeurs. Une journée internationale pour les geeks ? Plus ou moins car aujourd’hui la profession est aussi bien exercée par des “geeks boutonneux à lunettes carrées ou des post-hipsters ouvrant un 3ème Tumblr”. 


Rencontre avec Thibault Farnier, étudiant en informatique aux Etats-Unis, passé par la Silicon Valley Grenobloise et le brassage de cash-flow à la City londonienne. Autant d’expériences qui lui offrent du recul sur son milieu, sur la vie américaine et lui permettent de mettre à mal quelques clichés.

 

Le développeur est avant tout un street-artist (Crédit : Thibault Farnier)
Le développeur est avant tout un street-artist (Crédit : Thibault Farnier)

 

Comment naît une telle vocation ?

Je pense que ce qui m’a fasciné avant tout c’était la sensation d’infini en terme de réalisation sur l’écran. De quelques lignes de codes, on peut arriver à générer des jeux, de la musique, tout type de contenu !

 

Présente-nous ton parcours.

Je suis actuellement en échange à l’Université de Carnegie Mellon, située à Pittsburgh en Pennsylvanie, et poursuis des études en informatique. Cet échange a eu lieu grâce à un accord avec mon école d’ingénieur d’origine, l’Ensimag (située à Grenoble). Avant ça j’étais en classe préparatoire.

 

Peux-tu nous expliquer brièvement en quoi consiste le métier de développeur ?

Développeur est une sorte de mot-valise qui comprend bien des types de métiers différents. Mais assez simplement, un développeur c’est quelqu’un qui a des connaissances techniques en informatique et qui s’en sert pour réaliser des sites internet, des programmes, des systèmes, des robots… C’est très vaste !

 

On pense souvent à Google, aux jeux vidéos ou encore aux applis mais il y a beaucoup d’autres implications non ?

Tout à fait ! À vrai dire, n’importe quel secteur a besoin de développeurs, et leur nombre est en constante expansion. Les entreprises ont besoin d’infrastructures pour stocker, analyser leurs données et adapter leur comportement en fonction de ce qu’elles en tirent (on est dans l’ère du « Big Data » comme les gens aiment bien dire).

 

Le milieu de l’informatique au sens large est réputé comme étant plutôt masculin, qu’en est-il aujourd’hui ? Y a-t-il une forme de discrimination ?

Les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) sont en ce moment dans un grand travail introspectif pour essayer d’améliorer la diversité au sein du métier, aussi bien au niveau du genre que de l’ethnicité. Les efforts sont plus ou moins timides, mais au moins ils sont conscients du problème. Les chiffres à Carnegie Mellon sont assez prometteurs : ils sont passés de 7% en 1995 à 42% en 2013. De telles proportions ne sont néanmoins pas atteintes en France, où notamment à l’Epita (Ecole d’Informatique réputée de la région parisienne, NDRL) le score est de 7%… Il faut casser les clichés sur le métier !

Il s’agit donc à la fois d’un problème de discrimination (on a tendance à vouloir travailler avec des personnes qui nous sont similaires, alors que ça limite la créativité) et de préjugés : il faut montrer aux filles qu’être développeur (ce mot n’existe pas au féminin notons-le), ce n’est pas réservé aux hommes, et ce dès le plus jeune âge !

 

Que penses-tu de la place du « libre » dans ton métier ? La gratuité des logiciels, est-ce l’avenir ?

Oui, le libre c’est l’avenir ! Tout du moins pour les technologies de développement. Tout converge vers cela, même Apple, connu pour être une des entreprises les plus fermées, a rendu son dernier langage de programmation (Swift) open-source. En rendant accessible les outils qui permettent de créer, on renforce l’accès aux dernières technologies et l’innovation.

 

Université Carnegie Mellon à Pittsburgh en Pennsylvanie (Crédit : Thibault Farnier)
Université Carnegie Mellon à Pittsburgh en Pennsylvanie (Crédit : Thibault Farnier)

 

Parle-nous de ton expérience américaine, quelles différences avec la France en terme d’enseignement, d’appréhension du métier ? Les attentes et les compétences exigées sont-elles différentes ?

Les gens ici me regardent avec des yeux ronds quand je leur dis que j’ai 4 cours en informatique ce semestre… Parce qu’ils trouvent que c’est beaucoup ! Ici, le système éducatif est bien différent, tout ou presque repose sur des projets. Le travail en dehors des cours occupe une place bien plus importante qu’en France, où il est parfois assez proche du néant.

Autrement, les exigences en termes de métier sont assez similaires. On peut néanmoins noter un plus grand nombre de start-ups, la peur de l’échec n’est pas la même ici qu’en France.

 

Japon, Angleterre ou USA, quel est l’eldorado pour un développeur ?

L’eldorado, il peut être chez vous ! Certes, il n’y a pas d’équivalent à la Silicon Valley, mais ce microcosme, bien qu’étant au coeur des innovations, est aussi à l’origine de comportements assez douteux. Par exemple cette application Yo qui a levé plusieurs millions de dollars alors qu’elle ne servait qu’à envoyer « Yo » à ses amis… Un peu de distance à cela ne ferait pas de mal à certains !

 

Mac ou PC (ou Linux) ?

Il n’y a pas de réponse à cette question… Cela dépend simplement des préférences des uns et des autres. Apple a tendance à enfermer ses utilisateurs dans ses produits, mais la qualité matérielle et le design sont toujours au dessus des autres, mais cela reste complètement subjectif. Linux offre de grandes possibilités en terme de personnalisation, mais cela requiert généralement des connaissances assez techniques.

 

Nintendo ou Sony ou autre ?

Nintendo avait fait fort en innovant sur le gameplay avec la Wii et la Nintendo DS, ils sont un peu à bout de souffle en ce moment à cause d’un manque d’idées innovantes. Comme leurs machines sont moins puissantes, ils perdent des parts de marché. Quant aux PS4 et Xbox One, pour moi ce sont des ordinateurs moins performants… Même si on ne peut pas leur enlever la convivialité du multi-joueur !

 

Avant les mecs qui bossaient dans l’informatique passaient pour des gros ringards, aujourd’hui les regards changent. Tu te sens plus « in » maintenant ?

L’image du geek cool est bien plus présente maintenant, et tant mieux !

 

Peut-on aller jusqu’à dire que le développeur est le nouveau héros ?

Le succès de la série Mr Robot montre que le hacker a une image de plus en plus populaire, définitivement. Le hacker représente celui qui s’élève contre les institutions (par exemple les Anonymous), et qui a la possibilité de faire bouger les lignes dans notre société, aussi bien d’un point de vue politique que technologique.

 

Est-il utile selon toi d’enseigner le codage dès le primaire comme certains le souhaitent en France ?

La programmation est une discipline qui demande beaucoup de rigueur, et je pense qu’il y a un intérêt éducatif à montrer comment les machines qui nous entourent fonctionnent. De quoi créer des vocations !

 

Cinquième dimension (Crédit : Thibault Farnier)
Cinquième dimension (Crédit : Thibault Farnier)

 

Donc développeur, programmeur, hacker, sont désormais des noms efficaces pour la drague ?

Pas à ma connaissance… 💔

 

Finalement, on a plus besoin d’être un geek marginal vivant à la lueur des néons pour percer dans le game de l’informatique ?

J’en rencontre toujours, mais ce qu’il faut pour être dans le game ce sont des idées et être capable de les exécuter. Après, que l’on soit geek boutonneux aux lunettes carrées, ou post-hipster ouvrant son 3ème Tumblr… J’ai vu tous les profils en école d’ingénieur !

 

Quel(s) cliché(s), hormis celui-là, aimerais-tu briser ?

C’est pas parce qu’on travaille dans l’informatique qu’on connaît un ordinateur à 100%, si vous pouviez arrêter de nous demander dès que vous avez un souci avec un ordi alors qu’une simple recherche Google suffit généralement… (lmgtfy.com est ma référence).

 

(Crédit : Thibault Farnier)
(Crédit : Thibault Farnier)

 

Thibault est avant tout un proto-hipster, c’est donc un Tumblr Boy. Si vous voulez suivre ses aventures d’informaticien séducteur aux US, c’est par ici : http://thibaultauxusa.tumblr.com

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