Jul-Je-Tourne-En-Rond-Dawgzfr

Notre histoire débute à Marseille, le 31 décembre 1989 dans les environs de 23h55. Une bande d’amis fête le nouvel an dans un appartement situé dans le quartier de St-Jean. Un peu éméché, un des convives que nous appellerons Jimmy s’exclame « eh les boys, c’est quoi vos souhaits pour l’année prochaine ? ».

Seuls deux invités l’entendent. Le premier, Ulysse, répond qu’il « veut une révolution » et le second, Laurent, complète le souhait de son ami en ajoutant « dans le rap français ! ». Et c’est ainsi, que Jimmy Ulysse et Laurent avaient contribué sans le savoir au renouveau du lyricisme français car 5 minutes plus tard, Le 1er janvier 1990, naissait l’Élu.

 

Notre petit prince passe son enfance à Marseille dans sa cité à trainer avec des hors la loi et à exercer ses deux premières passions : La natation et les jeux de cartes. Petit, il était constamment prêt à se jeter à l’eau et était toujours le premier quand il jouait à la bataille.

Peu à peu, il se passionne notamment pour Tetris mais ne gagne pas souvent car il a tendance à mettre toutes les barres en I. Il s’intéresse aussi à l’athlétisme, et participera d’ailleurs au cross des collèges dont il sort vainqueur avec 3 minutes d’avance. Une épreuve qu’il n’aura pas volé.

Mais malgré cette pléthore d’occupations, une seule sortait du lot. Une seule a persisté tout au long de sa vie : l’écriture. Un aspect de sa vie sur lequel nous nous focaliserons car il est indéniable qu’il est vraiment magique dans ce domaine.

 

Après lecture de ses oeuvres, il est observable que notre poète est assez en marge des courants littéraires traditionnels. Néanmoins, il ne serait pas incriminant de lui conférer une appartenance aux mouvements baroque et romantique. Il témoigne de réelles facilités à jongler entre des thèmes relatifs aux apparences, aux illusions, à la nature et à la déchéance d’un petit coeur qui souffre.

Pour aller plus loin, nous n’avons pas peur de dire que notre parolier a inventé le Baromantisme™ et qu’il incorpore ledit courant dans les moeurs tout comme ont pu le faire Zola et Maupassant pour le Naturalisme.

 

Afin de prouver ce que nous avançons aux quelques sceptiques restants, nous nous apprêtons à présenter une étude linéaire détaillée de l’une des principales oeuvres de notre écrivain. De ce fait, nous allons mettre en évidence qu’il n’est pas illégitime de penser que Je Tourne en Rond – issu du dernier recueil de notre auteur – est une représentation moderne de La Divine Comédie de Dante.

 

Refrain

 

Le refrain de ce texte est très riche en figures de style mais c’est sur l’anaphore « je tourne en rond » que nous avons décidé de nous attarder. Répétée quatre fois en tout et pour tout, elle dénote le quotidien d’un héros pas à sa place et qui n’arrive pas à aller de l’avant. À vous comme à nous, cette répétition nous fait immédiatement penser à Dante et son Enfer composé de neuf cercles dans lesquels il tourne inlassablement.

 

Premier couplet

 

L’auteur entame son oeuvre en informant immédiatement le lecteur qu’il « tourne en rond » , et qu’il « en a mal à la tête ». Peu étonnant car comme cela a été précisé préalablement, il est en Enfer à l’instar de Dante. Quelques vers plus loin, il ajoute « Eh miss à toi, je ne fais que penser ». Ici – en plus de témoigner d’un bilinguisme hors-pair – le natif de Saint-Jean nous raconte que son cerveau n’est jamais à court de pensées pour sa dulcinée. Encore une fois, ceci nous évoque vaguement la relation entre Dante et Béatrice (son crush) séparés par l’Enfer.

Peu après, il renchérit d’un « eh poto, je te vois pas, t’es où ? » qui est encore et incontestablement une claire allusion à Dante qui a visiblement perdu son guide Virgile censé l’accompagner à travers l’Enfer.

S’ensuit un « J’ai même la flemme d’aller à mes rendez-vous. » qui, dans un élan lyrique, rappelle que le héros doit absolument passer par l’Enfer mais bien-entendu, il a la flemme. Et c’est normal. Après tout, il était tranquillement sur sa route et d’un coup il se retrouve à devoir parcourir l’Enfer, comme il le précise quelques vers plus loin : « Je suis dans mon monde, ils veulent m’y lever. ».

Une fois l’aventure démarrée, le protagoniste a trouvé son « poto » mais reste perplexe quant à ses méthodes pour approcher les personnes croisées en Enfer : « Il insulte les morts, il veut se faire lever ». L’interprète se retrouve confronté à un tas de créatures diaboliques, il n’en croit pas ses yeux : « Je vois des trucs de fou, des potos jnounés ».

 

Deuxième couplet

 

La deuxième partie de ce récit est beaucoup plus introspective. Nous faisons face à un auteur qui remet en question ses actes et se demande s’il a toujours fait les bons choix. Une fois n’est pas coutume, les similitudes avec le parcours de Dante en Enfer sont présentes. Notre héros admet avoir cru être aimé, mais il a « fini solo » et nous gratifie d’une très belle métaphore sur la vie car nous finirons tous « solo ». (Désolé du spoiler).

Ensuite il continue en se rappelant que « tu niques ta vie quand t’es mal luné » et décrit avec une maestria débordante la manière dont on peut se détourner du droit chemin sur un saut d’humeur. Un vers qui s’apparente au commencement de l’intrigue de Dante qui était sur la Route Droite mais a décidé de prendre des chemins bizarres et s’est retrouvé en Enfer. Enfin bref, tu l’as cherché Dante.

Le deuxième couplet se conclut de la sorte : « Toi tu sors de nulle part… tu veux m’éteindre pour briller… ». L’auteur fait allusion à La Concurrence qui cherche à se servir de lui pour se mettre sur le devant de la scène…. tout comme les affreux jojos que rencontrera Dante durant son voyage en Enfer.

 

Troisième couplet 

 

Celui-là est une authentique claque littéraire qui emmène le lecteur dans des contrées oniriques inédites à ce jour. Dans cette strophe, l’auteur décrit un rêve… un rêve de réussite auquel il n’est malheureusement pas très bien engagé à réaliser. Il parle au présent et dit « faire le tour de sa ville avec ses asics™ » alors que non, c’est faux. Il est en Enfer tout comme Dante.

Il se revoit aussi dans sa cité à s’énerver pour un oui ou pour un non : « Tu me regardes de travers, poto tu as serré ». Il aimerait revivre ça, malgré l’infime pourcentage de probabilité.

Cependant, l’auteur termine sur une note d’espoir et de partage qu’il répétera deux fois : « Ça vient du coeur… chacun son sort. On te renvoie l’ascenseur… si on s’en sort… ». Inutile de rappeler que l’Enfer de Dante possède la forme d’un entonnoir, notre héros espère s’en sortir et renvoyer l’ascenseur pour les frérots restés au trou.

 

En somme, nous estimons avoir démontré avec brio que les ressemblances entre Je Tourne en Rond et La Divine Comédie de Dante sont viables et espérons vous avoir convaincu. De surcroît, une étude approfondie des oeuvres de ce parolier permet d’observer à quel point ses textes sont recherchés et inter-générationnels.

A titre personnel, nous ressentons l’audace d’un garçon cultivé qui essaie inexorablement de partager sa soif de savoir avec ses lecteurs… à condition qu’ils s’en donnent la peine…

 

NB : Jimmy, Ulysse et Laurent sont décédés durant la nuit du 31 décembre 1989 au 1er janvier 1990. Ils ont été tous les trois atteints d’une crise d’épilepsie alors qu’ils tenaient un micro pendant leur session karaoké.

24 ans plus tard, le Petit Prince leur dédiera le nom de sa première mixtape…

• Le texte original est à retrouver ici dans son intégralité : genius.com/Jul-je-tourne-en-rond-lyrics

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