16 ans après 2001, vendu à plus de 10 millions d’exemplaires dans le Monde et certifié six fois disque de platine aux Etats-Unis, le DJ, producteur, rappeur, acteur et entrepreneur Dr. Dre revient dans le game avec un nouvel opus, Compton. Cet album sous forme de BO est directement inspiré de son film Straight Outta Campton, qui sortira le 16 septembre prochain dans l’Hexagone. En attendant l’arrivée du film sur grand-écran, Skyzo dresse la critique de l’album-événement du docteur.

Compton

 

La surprise musicale hip-hop de 2015

C’est la « big surprise » de 2015. Depuis 2002, on attendait, en vain le fameux Detox. Beaucoup de monde s’était même résigné, pensant que le doc avait tiré sa révérence sans tenir sa promesse afin de se concentrer sur la vente de ses casques (surcotés) et ses multiples partenariats avec Apple. La marque à la pomme a d’ailleurs racheté son entreprise Beats Electronics moyennant 3 milliards de dollars. Cela a débouché, entre autres, sur la création de la nouvelle plate-forme musicale, utilisée en exclusivité pour la vente de son projet : Apple Music .

 

C’est lors de son émission,The Pharmacy, sur la radio Beats 1 de ce même Apple Music, qu’André Romelle Young – de son vrai nom – annonce l’arrivée de son dernier chef d’œuvre . Ce retour fait l’effet d’une bombe trustant tous les charts ITunes du Monde entier alors que le projet n’est en pré-commande que depuis quelques heures. Pour le reste, la promo est quasi inexistante. Seule une vidéo de quelques minutes postée sur les réseaux sociaux explique ce qui a poussé le premier rappeur milliardaire à sortir un tel projet du haut de ses 50 ans. L’effet de surprise, le buzz digital et une stratégie de communication très efficace font le reste du travail. La recette, déjà utilisée par Drake, Beyoncé ou encore le poulain de Dre, Kendrick Lamar, pour leurs albums et mixtapes respectifs, avait déjà fait ses preuves.

 

L’album ne surgit pas du néant puisqu’il est le support musical du film Straight Outta Compton, racontant le parcours sulfureux du mythique groupe N.W.A (composé de Dr. Dre, Arabian Prince, DJ Yell, Easy E, Ice Cube et MC Ren) qui sortira prochainement. On ne vous spoliera pas plus que cela…

 

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Comment Dre pose son nouveau délire musical

 

Si la propagande autour de l’album envoie du bois, sa pochette n’a rien à lui envier. Compton, nom de la ville de Dre, est gravé façon Hollywood Sign sur une colline qui surplombe les quartiers pauvres mais aussi les gratte-ciels du Downtown. Une pochette métaphorique qui rappelle que Dr. Dre est l’incarnation même de la réussite à l’Américaine façon self-made man.

 

Concernant la mouture en soi, l’Intro annonce la couleur avec une voix-off et une musique remixée d’Universal Studios. Très vite, la grandeur de Dr. Dre laisse place à un constat plus amer sur sa ville. Alors que Compton était vu historiquement comme «le rêve américain, la Californie ensoleillée avec des palmiers dans la cour, le camping car, le bateau» selon le doc’, la ville de la banlieue sud de Los Angeles est devenue symbole de ghettoïsation, de paupérisation et de criminalité. Il poursuit en évoquant les « 47 meurtres (de) l’an passé » et une ville « où le taux de criminalité est le plus important du pays, marqué par l’activité de gangs juvéniles, agressions, petits vols poussant les noirs américains à vouloir partir ».

 

Malgré sa richesse matérielle et financière, Dr. Dre n’oublie pas son amour pour le ter-ter dans cet opus dont les royalties reviendront au centre culturel de Compton. Cette posture de bad boy extrêmement violent et prêt à en découdre apparaît néanmoins dans le reste des titres. Le contenu est très underground et provocateur. La suite promet.

 

L’instru «Trap» , mauvaise idée de Dre

 

L’Intro cède rapidement sa place à un Talk about it complètement égo-trip, dans la lignée du rap-game actuel et complètement à l’opposé de l’atmosphère de la West Coast. Cela se confirme dans la musicalité : l’instrumental trap et Dirty South vient totalement ruiner le début de cet album (notons tout de même le magnifique clin d’oeil à Notorius BIG, assassiné à Los Angeles et un temps rival de la côte Ouest, avec le it was all a dream).  Dr. Dre abandonne heureusement ce choix artistique douteux dans le reste de son oeuvre. Malgré ses millions de dollars, de casques et disques vendus, Dre reste ironiquement très antisystème. Du moins c’est ce qu’il veut faire croire. Sans doute est-ce là une manière de garder sa street-crédibilité.

 

Tous les potos et anciens membres du groupe de Dre (Ice Cube, Snoop Dogg, Kendrick Lamar, Eminem…) s’invitent dans Compton. Certaines collaborations sont efficaces, d’autres non. Contrairement au désastreux featuring avec Snoop Dogg, celui avec Eminem est en revanche époustouflant. Indiscutablement le meilleur son de l’album, « Medicine Man » est à la hauteur des attentes du public. Ce morceau accueille un flow dingue et un couplet déjà culte et plus rapide que la lumière. Slim Shady y enchaîne punchline sur punchline et se montre comme à son habitude un brin provocateur, comme lorsqu’il parle de viol : « I even lake the bitches I rape, I’m waiting on someone tout say something » – « Je fais même jouir les chiennes que je viole, j’attends que quelqu’un dise quelque chose ». Un morceau techniquement exceptionnel mais qui en fera jaser plus d’un.

Finalement, Dr.Dre ne rappe en solo que sur un seul des seize titres, le tout dernier, Talking about my diary, véritable morceau introspectif. Tel un boxeur, Dre est « solide financièrement, physiquement et globalement d’un autre niveau que ses compères rappeurs, capable de construire, sans surprise, une entreprise ». Un constat final bien nombriliste de la part de celui qui n’oublie cependant jamais son devoir de mémoire envers le ghetto. Une conclusion qui fera peut être office de testament pour le néo-milliardaire. Il ne reste plus qu’à attendre de voir si les ventes exploseront ou pas pour l’ultime opus de la richissime carrière de Dre. Ce dernier peut, dans tous les cas, quitter le rap game la conscience tranquille…

 

 

 

 

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