Régulièrement mise sur le devant de la scène médiatique, la question du halal en France suscite souvent la curiosité (parfois la méfiance) d’une partie de l’opinion publique. Nous avons décidé de démêler le vrai du faux afin d’y voir un peu plus clair sur ce marché qui pèse près de 6 milliards d’euros par an. Deuxième volet de cette enquête : Le halal, c’est quoi au juste ?

Sans titre

« Halal » provient de l’arabe et signifie « licite ». Ce terme s’applique aussi bien à des denrées alimentaires qu’à des comportements. Ainsi, dans la religion musulmane, ce mot est utilisé pour désigner tout ce qui est permis, ce qui est licite pour le croyant, et notamment ce qu’il lui est permis de manger, de boire… Dans notre travail d’investigation, nous avons délibérément choisi de nous focaliser sur les denrées alimentaires uniquement.

« Les produits alimentaires halal sont avant tout des nourritures. Cela implique le respect d’un certain nombre de normes d’hygiène, environnementales, relatives au bien‑être animal, de conformation qualitative, de prix et d’étiquetage édictées au niveau correspondant à leur espace de circulation » (Florence Bergeaud-Blackler, « Halal : d’une norme communautaire à une norme institutionnelle »).

Dans de nombreux versets du Coran, mais aussi dans les « hadiths de la Sunnah » (tradition prophétique), il est question de cette notion de halal, en particulier au sujet des aliments. Il est par exemple dit : « Il (Allah) leur ordonne le convenable, leur rend licite les bonnes choses, leur interdit les mauvaises » (sourate Al A’râf, verset 157) ; « C’est Lui (Dieu) qui a créé pour vous tout ce qui est sur terre » (sourate Al-Baqarah, verset 29) ; « Il (Dieu) vous a détaillé ce qu’Il vous a interdit [à la consommation]» (sourate Al-An’âm, verset 119) ; « Ô gens ! Mangez de ce qui est licite et pur sur terre » (sourate Al-Baqarah, verset 168).
En d’autres termes, tout ce qui n’est pas explicitement mentionné comme étant illicite (« haram » en arabe) est donc permis à la consommation pour les croyants. Ainsi, on comprend très vite que le terme Halal ne désigne pas (concernant les choses de ce bas-monde) ce qui doit réunir certaines conditions, mais au contraire, le principe de base est que tout est Halal (licite), excepté ce qui a été interdit par un texte sacré.

Concernant les choses illicites, il ne s’agit pas de priver l’Homme de certaines denrées sans raisons mais plutôt de protéger sa santé et son intégrité (mentale, physique et spirituelle) car la règle en la matière veut que tout ce qui nuit à la santé est interdit : « Il (Allah) leur ordonne le convenable, leur rend licite les bonnes choses, leur interdit les mauvaises » (sourate Al A’râf, verset 157) ;  « Et ne vous jetez pas par vos propres mains dans la destruction » (sourate Al-Baqarah, verset 195) ; « Et ne vous tuez pas vous-mêmes » (sourate 4, verset 29) ; « Ni préjudice à subir, ni dommage à infliger » (hadith rapporté par Ibn Madia (2340)). Ainsi, parmi les choses qui sont interdites à la consommation du musulman, nous apprenons que « dans ce qui m’a été révélé, je ne trouve d’interdit à la consommation que la bête morte [non sacrifiée], le sang qu’on a fait couler [lors du sacrifice], la chair de porc – car c’est une souillure, ou ce qui, par perversité, a été sacrifié à autre qu’Allah » (sourate Al-An’âm, verset 145). Dans une autre sourate : « Vous sont interdits la bête trouvée morte, le sang versé [lors du sacrifice], la chair de porc, ce sur quoi on a invoqué un autre nom que celui d’Allah, la bête étouffée, la bête morte suite à un coup, une chute ou un coup de corne, et celle dont un prédateur a mangé – sauf si vous l’égorgez avant qu’elle ne meurt. (Vous est également interdit) la consommation de la bête qu’on a immolée sur les autels (des polythéistes) » (sourate Al-Mâ’idah, verset 3).

De même, contrairement aux animaux marins qui sont tous halal (« La chasse en mer vous est permise, et aussi d’en manger, pour votre jouissance et celle des voyageurs » (sourate Al-Mâ’ida, verset 96)), certains animaux terrestres sont prohibés, comme le confirment ces hadiths : « Le Messager d’Allah a interdit la consommation des bêtes féroces à crocs » (hadith rapporté par Al Boukhari (5530) et Mouslim (1932)) ; « Toute bête féroce à crocs est illicite à la consommation » (hadith rapporté par Mouslim (1933)) ; « Le Messager d’Allah a interdit la consommation des animaux féroces à crocs et des oiseaux prédateurs à griffes » (hadith rapporté par Mouslim (1934)). Il est donc interdit pour le musulman de consommer de la viande provenant d’animaux carnivores (et de la plupart des animaux omnivores) à l’instar des félins (lion, guépard, chat…), des canidés (chien, loup…), des rapaces (aigle, faucon…). Il en est de même pour les oiseaux charognards tels que les vautours ou encore les corbeaux. Autre cas particulier : « Il y a cinq animaux qui sont tous nuisibles et qui peuvent être tués, même en lieu sacré : le corbeau, le milan, le scorpion, la souris et le chien enragé » (hadith rapporté par Al Boukhari (1829) et Mouslim (1198)). Par conséquent, de par leur statut d’animaux « nuisibles », ils sont également interdits à la consommation du musulman. Enfin, il est aussi préférable de s’abstenir de consommer d’un animal licite (ainsi que son lait s’il en produit) ayant consommé des souillures (« Al djallâla » en arabe). Cela devient totalement interdit à la consommation si ces impuretés ont des répercussions sur l’état de l’animal (odeur nauséabonde, changement de la couleur de la chair, maladies…). Dans ce cas, il faut mettre l’animal à l’écart durant plusieurs jours le temps que son organisme se purifie de ces souillures (ou le soigner si nécessaire), après quoi il sera de nouveau possible d’en manger : « Le Messager d’Allah, paix et bénédiction sur lui, a interdit de consommer al Djallâla ainsi que de boire son lait » (hadith rapporté par Ahmad, Abou Dawoud, Nasaï et Tirmidhi). Le Prophète a aussi « interdit de tuer la fourmi, l’abeille, la huppe et la pie-grièche » (hadith rapporté par Abou Dawoud (5267)). Dans une autre version, on lit aussi cette interdiction à propos de « la grenouille » (hadith rapporté par Ibn Maja (3223)).

De même pour l’âne domestique qui est prohibé (ainsi que les animaux qui en sont issus par croisement avec un cheval à l’instar du mulet ou du bardot, comme en témoignent les hadiths rapportés par Tirmidhi (1478) et Abou Dawoud (3789)) : « Le Prophète a interdit la consommation de viande d’âne domestique » (hadith rapporté par Al Boukhari (5204) et Mouslim (1941)).

Outre ces cas bien précis, il existe d’autres situations où la licéité de la viande est remise en cause. Ainsi, on rapporte dans de nombreux passages de ces textes sacrés des cas particuliers où le doute était permis : « Des gens nous apportent de la viande et nous ne savons pas s’ils ont mentionné le Nom d’Allah sur celle-ci [en l’égorgeant] ». Le Prophète (paix et bénédiction sur lui) dit : « Mentionnez, vous, le nom d’Allah et mangez » (hadith rapporté par Al Bukhârî, 5507). Il est en effet obligatoire de mentionner le nom d’Allah lors du sacrifice afin que la viande soit halal. Mais nous y reviendrons plus en détail dans le volet consacré au sacrifice rituel (« dabiha » en arabe).

De plus, si un aliment licite est mélangé avec une denrée illicite (porc, alcool ou viande illicite), quelle qu’en soit la quantité, alors la consommation de cette préparation est prohibée. Enfin, toute denrée obtenue de manière frauduleuse (vol, chantage…) est strictement interdite à la consommation du croyant. Cependant, si un musulman est contraint à consommer une denrée illicite, ou s’il se retrouve dans une situation où il n’est pas possible pour lui de se procurer de la nourriture licite pendant plusieurs jours (la plupart des théologiens parlent de trois jours), l’interdiction ne tient plus car le plus important est de préserver son intégrité : « Certes, Il vous interdit la chair d’une bête morte, le sang, la viande de porc et ce sur quoi on a invoqué un autre qu’Allah. Il n’y a pas de péché sur celui qui est contraint sans toutefois abuser ni transgresser, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux » (sourate Al-Baqarah, verset 173).

De manière globale, tant qu’il n’est pas clairement établi qu’il y a eu manquement manifeste à l’une ou à plusieurs des conditions susmentionnées, alors la viande est licite. En outre, tant que la viande a été sacrifiée ou chassée dans un pays musulman et/ou par un musulman, le principe de base est que la viande est halal, et le croyant ne doit pas demander s’ils ont mentionné le nom d’Allah ou non, car le croyant doit considérer que son coreligionnaire est digne de confiance et qu’il a, de facto, mentionné le nom d’Allah.

Cependant, qu’en est-il de la viande provenant de personnes ou de pays non musulmans ?
L’avis le plus communément répandu dans la communauté musulmane est que si la viande provient « des Gens du Livre », et uniquement ces personnes (désignant les personnes qui se réclament du christianisme ou du judaïsme) et/ou de l’un de leur pays, alors la viande est également halal, car il est mentionné dans le Coran que : « Les sacrifices (litt. : la nourriture) des Gens du Livre vous sont licites, et vos sacrifices leur sont licites » (sourate Al-Mâ’idah, verset 4). Cela reste vrai tant qu’il n’a pas été établi qu’il y a eu manquement manifeste à l’une ou à plusieurs des conditions susmentionnées, comme le précise l’un des plus célèbre théologien musulman contemporain Al Uthaymin (1925-2001) : « Il ne nous est pas imposé de demander de quelle manière sont sacrifiées les bêtes tant qu’elles émanent de ceux dont les sacrifices sont permis, mais s’il est par la suite établi qu’elles ne sont pas sacrifiées de manière légale, elles sont illicites à la consommation. Mais le fait de chercher et d’interroger à ce sujet est une forme d’excès et de difficultés imposées aux gens. » (Sharh Zâd AlMustaqni’, cassette n°20).

Pour ce dernier cas (sacrifice par les « Gens du livre »), la licéité dépendra donc essentiellement de la manière dont sera abattue la bête : Selon les conditions susmentionnées, s’il est formellement établi que le sacrificateur (juif ou chrétien) ne mentionne pas le nom d’Allah lors du sacrifice et/ou que le sacrifice se fait autrement que par égorgement (pour une bête qui peut être maitrisée, cf. partie sur la « dabiha »), alors sa consommation devient illicite. Dans le cas échéant, le principe de base veut que sa consommation soit halal. Cependant, même s’ils ne sont pas majoritaires, les plus orthodoxes soutiendront que le principe qui prévaut dans ce cas est le principe de précaution. Selon eux, il est préférable de s’abstenir dans le doute, comme le soutien ces paroles prononcées par le prophète de l’Islam : « Laisse ce qui te jette dans le doute (quant à sa licéité) pour ce qui ne t’y jette pas » (hadith rapporté par At Tirmidi et Nasaï).

Enfin, qu’en est-il des couverts et des récipients qui ont permis de manger et contenu de la nourriture illicite pour le croyant musulman ? Des personnes avaient interrogé à ce sujet le prophète de l’Islam : « Nous sommes sur une terre habitée par des Gens du Livre, pouvons-nous manger dans leurs récipients ? » Il répondit : « N’y mangez pas, sauf si vous n’en trouvez pas d’autres. Dans ce cas, lavez-les d’abord puis mangez dedans » (hadith rapporté par Al Bukhari (5488) et Muslim (1930)).

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