PRESENTE-TOI : eL Seed, entre calligraphie et street art

Qui es-tu ?

Je m’appelle, eL Seed, j’ai 36 ans et je suis un artiste franco-tunisien. Ce qui me définit : mon travail calligraphique dans les espaces publics sous forme murale et les sculptures dans le but de créer des ponts entre les peuples, les cultures et les générations.

Qu’est-ce qui a motivé ton envie de faire du street-art ?

C’est venu d’un besoin de revenir à mes origines arabes et africaines. Au début des années 2000, j’ai eu une grosse crise identitaire avec un retour mon identité. J’avais notamment éprouvé la nécessité d’apprendre à écrire et à lire la langue arabe. Parallèlement à cela, j’ai rencontré le graffeur français Heat et c’est lui qui m’a donné cette force pour me lancer.

 

 

As-tu une formation en calligraphie ?  

Je n’ai aucune formation artistique. A l’origine, je suis consultant en logistique et supply chain management et j’ai laissé tomber mon travail il y a 7 ans à la naissance de ma fille. Je suis notamment passé par la Sorbonne, l’ESSEC et l’Université de Créteil.

D’où provient ton intérêt pour la calligraphie ?

J’apprenais l’arabe et j’ai vu une personne qui faisait de la calligraphie pendant mes cours. J’ai tout de suite flippé. Je n’arrive toujours pas à l’expliquer.

Pourquoi as-tu choisi « eL Seed » comme nom d’artiste ?

Ça vient du Cid de Corneille ! 1998, Madame Lacroix, classe de 1ère ES 2, cours de français : elle nous explique que Le Cid vient de l’arabe « el sayed » signifiant le maître, l’homme. Comme je faisais déjà des graphs pour customiser des chaussures et que je dansais pour me mettre un peu d’argent de poche, j’ai tout de suite adoré cette référence pour mon pseudo artistique.

Comment cette idée de mélanger la calligraphie à la rue est-elle venue ? 

Je n’ai pas réfléchi à cette idée ! Tout est venu naturellement, j’ai simplement utilisé ma culture arabe et le graphisme qui sont mes deux passions de toujours.

Still standing proudly. Jara Mosque – Gabes #thepowercomesfromthesouth #FIFAG

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 Tu vis de ton activité artistique aujourd’hui ? 

Oui.

Qu’est-ce qui te pousse à choisir un endroit plutôt qu’un autre pour tes productions artistiques ?

Cela se fait selon la thématique que je vais choisir. Il y a deux types de projets : le projet où je vais avoir une commission et ceux où je suis invité à peindre une murale. Pour ce dernier cas, on me laisse généralement le choix. Et il y a aussi les projets où moi je décide d’aller à un endroit.

eL Seed – Crédits : Cité de la tapisserie

Et cela suppose de demander une autorisation au préalable ?

Par exemple, pour un projet en Egypte j’ai dû convaincre un prêtre de la communauté copte. En Tunisie pour un minaret, je suis passé par le maire et l’imam de la mosquée. Pour la frontière coréenne, c’est le musée d’art moderne de Gyeonggi qui m’a approché pour que je crée quelque chose pour la zone démilitarisée (DMZ).

#riodejaneiroweek #gambao #elseedinho

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Contrairement à la majorité des artistes, tu ne signes pas tes œuvres. Pourquoi ce choix ?

Je signe mes tableaux au dos. Pour les œuvres dans la rues, je ne les signe pas car je considère qu’elles appartiennent à la communauté, au public une fois qu’elles sont terminées. Signer pour moi c’est détenir encore l’œuvre et mon idée est avant tout de connecter les gens avec l’œuvre !

eL Seed « La perception », Le Caire (Egypte) – Crédits eL Seed

Tu as récemment eu l’occasion de te rendre sur la zone démilitarisée coréenne : la fameuse DMZ. Tu peux revenir sur cette expérience ? 

J’ai fait une première visite en juin 2017. Au départ, j’ai été surpris que l’on me sollicite pour un tel endroit. J’avais pour thématique de faire quelque chose sur la réunification qui puisse servir de message d’espoir. J’ai eu l’idée de faire un pont qui s’étend sur la verticale. J’ai dû le réduire et changer d’endroit pour le pont en raison de contraintes militaires qui m’ont été imposé. J’ai finalement fait un début de pont qui fait le long d’une grille de 60m de long en m’inspirant d’un poète coréen du nord, Kim So-Wol s’intitulant : impossible d’oublier. Je n’utilise pas le terme de « nord-coréen » car il était mort avant la séparation de la Corée. C’est un vrai poème d’amour mais quand tu le remets dans le contexte d’aujourd’hui, c’est clairement un hymne à l’unité coréenne.

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Tu as été approché par Louis Vuitton pour une collection. Peux-tu nous en dire plus ? 

J’ai été approché en 2012 pour une collection en 2013 de foulards d’artiste. J’ai accepté tout de suite et j’ai eu carte blanche pour le thème. J’ai ainsi décidé d’aborder le thème du clash et de la confrontation. L’idée est de montrer comment un artiste venant de la rue peut créer quelque chose pour une marque de luxe. Pour cela je me suis inspiré du poème « Carnaval de Venise » qui compare Venise à une sirène de Taha Mohammed Ali.

Echarpe dessinée par eL Seed en collaboration avec Louis Vuitton

Quel est l’objectif que tu cherches à atteindre avec ton art en général ? 

La vraie réponse : c’est avant tout kiffer et vivre des expériences humaines ! C’est toutes les histoires et les endroits que je découvre et que je ne pourrai pas faire sans l’art.

Donc t’es la plus grande nouvelle réussite de Boulogne après Booba…

Mais non ! (Rires) Il y a Salif, les Sages Poètes de la Rue, Tarek Boudali…

Pont des Arts, Paris (France)

Que penses-tu de la place du street-art dans la culture aujourd’hui ? 

On en met partout c’est cool. Je suis content qu’il y ait plus de visibilité pour le street-art mais il a tendance à perdre son vrai sens. On essaye d’en mettre sur tout et n’importe quoi. Par exemple, ce matin, j’étais à Auchan et je vois du street art sur les sacs cabas. Pareil quand je vois un mec dans la rue qui peint une femme nue. Je me dis quel est le sens de sa démarche. Quand tu peins dans la rue tu as une responsabilité sociale, c’est un acte aussi politique car tu touches tout le monde.

Quelles sont tes passions en dehors de ton art ? 

La cuisine, c’est moi qui m’en occupe à la maison. Ma femme kiffe cela ! Il y a le sport aussi où j’ai fait pas mal de sport, du football au jiu-jitsu en passant par du break dance.

Des expositions à prévoir bientôt ?  

En France, je n’ai encore rien prévu. Par contre, j’ai une exposition fin 2018 à Londres. Surprise !

 

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