Papa d’un robot à seulement huit ans et leader d’une start-up spécialisée dans la robotique et l’informatique depuis ses 20 piges Sam Kodo est plutôt du genre à ne pas prendre son temps. Pourtant littéraire de formation, le jeune togolais n’en finit plus d’impressionner le monde du 2.0, y compris les géants américains comme Google qui a un oeil sur lui. Portrait d’un gars qui risque de peser dans l’African Game (voire plus encore) d’ici quelques années.

 

SamKodo
SAM LE BRICOLEUR

 

Lomé, 24 décembre 2001. En cette vielle de Noël dans la capitale togolaise, pas de neige ni de guirlandes, juste Sam et ses amis qui s’ennuient un peu. Pour passer le temps, le petit Sam Kodo -alors âgé de dix ans –  leur propose de fabriquer des avions motorisés. Ils acquiescent unanimement, et en fabriqueront dix qu’ils revendront dans la foulée («pour se faire des sous»), sûrement refourgués à des personnes qui avaient omis le cadeau du petit cousin au pied du sapin. Oui, le tiers-monde est aussi touché par la folie consommatrice.

 

Fouilles dans les poubelles et premières inventions

 

Deux ans auparavant, Sam Kodo construisait son premier robot après avoir lu une revue expliquant sa conception étape par étape. Un genre de Sciences & Vie. Sam se lance avec pour outils essentiels son audace, son ingéniosité et sa débrouille. Il l’avoue sans peine : «Je n’avais rien du tout pour faire de la robotique». C’est en fouillant dans les poubelles que le garçon trouve son bonheur. «J’ai été obligé de récupérer des vieux postes de télévision et des vieilles unités d’ordinateur», explique-t-il avec nostalgie. Le premier robot du gamin est conçu pour éviter des obstacles. Les débuts sont prometteurs et se font sous le regard pantois de parents admiratifs. «Mon père et ma mère ont été très très surpris et à partir de ce moment, ils n’ont cessé de m’encourager et me pousser à aller plus loin». Bien leur en a pris.

 

En grandissant, le geek en herbe poursuit ses recherches sur la robotique en autodidacte et développe des compétences poussées en informatiques, tout en poursuivant des études de sociologie à la fac après l’obtention d’un Bac L. Un parcours qui lui vaut les brocards de certains au moment de lancer sa start-up, Infinite Loop – en hommage à Apple. «Les gens me disaient :mon frère, il faut abandonner, ce n’est pas pour toi. Un littéraire qui fabrique des robots, c’est du jamais vu», se rappelle-t-il avec ironie, «heureusement que j’ai été têtu et que j’ai continué».

 

S’apercevant que plusieurs de ses potes de la fac n’ont pas d’ordinateur pour faire des recherches sur le net pour leurs devoirs, Sam Kodo décide de fabriquer, toujours avec une bande de potes, un ordinateur à faible coût avec une alimentation à l’énergie solaire et muni d’un écran tactile. C’était en 2013. Le Smart Bag de Sam, c’est son nom, rencontre un succès rapide au sein du campus. Sélectionné au concours national du Forum des Jeunes Entrepreneur 2013, Infinite Loop remporte le 1er prix et 2 millions de francs CFA soit 3 000 euros. Un an plus tard, Sam Kodo double la mise en étant finaliste du Prix Anzisha et empoche 6 000 euros. Actuellement, Infinite Loop travaille d’ailleurs en collaboration avec une entreprise sud-africaine sur un projet de robot, baptisé le Vertical Farming, capable de contrôler les productions agricoles. Chez les jeunes on appelle ça percer.

 

«À Google, tout est connecté sur le net, même les toilettes»

 

Flashée par Forbes Afrique, l’ascension rapide de Sam Kodo est classée troisième parmi les jeunes entrepreneurs qui feront l’avenir du continent. Pas après pas, Sam Kodo et sa petite boîte – qui compte six personnes – progressent jusqu’à traverser l’Océan Atlantique. Invité dans le cadre du programme YALI ( Young African Leaders Initiative ) du président Obama, destiné à aider les jeunes talents africains. Moment fort pour Kodo qui a pu serrer la poigne de l’homme le plus puissant du monde. «Ma rencontre avec le président Barack Obama m’a marquée. Je ne l’oublierai jamais. J’ai aimé son discours sur la jeunesse africaine».

 

Durant son séjour au pays de l’Oncle Sam, le jeune Togolais passe plusieurs jours dans l’Université d’Austin où il apprend les bases de l’entrepreneuriat. Il rend aussi visite à quelques pontes de l’high tech comme Google. Là-bas, il découvre un univers surréaliste. «À Google, tout est connecté sur le net, même les toilettes», se marre-t-il. La firme américaine semble par ailleurs intéressée par le travail de Sam Kodo. «Les gars de Google étaient vraiment émerveillés. Ils ont proposé de renommer notre ordinateur Google Bag». Si Google est taquin avec le Togolais, il prend son projet très au sérieux puisqu’une de ses équipes supervise Infinite Loop et la conseille. Quand on sait en plus qu’Alphabet investit toujours plus dans la robotique, il y a de quoi être optimiste pour Sam Kodo, même si ce dernier admet que la firme américaine n’a en aucun cas tenté de l’embaucher. Néanmoins «[il] espère pouvoir faire des partenariats avec eux

 

D’autres grands noms de l’informatique tels que IBM et Microsoft ont encouragé l’ambitieux jeune homme à poursuivre ses efforts. Les 25 000 dollars empochés aux États-Unis pour son prix YALI le lendemain de son vingt-quatrième anniversaire l’aideront sans doute dans sa quête d’expansion de la marque Infinite Loop. Car c’est de cela dont il est question. Il prévoit, grâce à l’argent empoché, de grossir le volume de production des ordinateurs pour faire face à la demande venant du Burkina Faso, du Nigéria ou de l’Afrique du Sud. Pour ce qui est de savoir où il en sera dans dix ans, le philanthrope pragmatique estime que «nous serons certainement implantés dans plusieurs pays d’Afrique en développant en même temps l’éducation pour la jeunesse». Et si Sam était le mix parfait entre Steve Jobs et Bill Gates?

 

 

Propos de Sam Kodo recueillis par Abdou Sarr

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