Autodidacte dessinant au rythme de la musique, mais aussi rappeur, graffeur et sculpteur : rencontre avec Pierre-Loup, un artiste polyvalent. Au menu :  la découverte de son travail fascinant et inspirant, du rap, et la vie d’artiste.

 

Pierre-Loup

 

Tu te décris comme autodidacte, comment as-tu commencé le dessin ? Ca fait combien de temps que tu en fais maintenant ?

 

Je suis autodidacte car je me suis formé tout seul, comme je continue à le faire. J’ai commencé à dessiner dès la petite enfance, puis ne me suis jamais arrêté. Ma technique et le style ont évolué avec le temps et mes expériences. Je dessine donc depuis une vingtaine d’années.

 

Est-ce que tu as des artistes ou dessinateurs qui t’ont inspiré en particulier à tes débuts ?

 

Les autres artistes m’ont toujours influencé, inconsciemment, en bien ou en mal, et ils continuent de m’inspirer. Cela va de la musique à la littérature, en passant par le cinéma, etc. J’ai tendance à apprendre des erreurs des autres (et des miennes bien sûr), et leur pratique m’inspire. J’ai une nette préférence pour les artistes de l’Antiquité, encore artisans à l’époque, et de la Renaissance : art grec, latin, chinois, indien et même égyptien.

 

Tu travailles avec quoi comme outils ?

Je dessine au Posca, et depuis peu au feutre très fin de la marque Faber-Castel. Je n’utilise quasiment jamais de couleurs, et j’aime bien le stylo et le crayon à papier bien que je fasse rarement d’esquisses ou de crayonné.

 

La musique est extrêmement présente, que ce soit dans tes modèles (la pochette de l’album Debut de Björk par exemple) ou dans tes inspirations, comment un son peut-il influencer un dessin ? Est-ce que tu peux nous donner des exemples de titres qui t’ont inspiré ?

 

Bonne question ! Pour répondre d’un point de vue scientifique, attention, je dirais que l’écoute de musique, en particulier du son que l’on aime, pose notre cerveau sur une fréquence particulière. Ca lui permet de s’ouvrir tout entier à l’inspiration, terme tout aussi complexe, en mêlant le côté de la raison et celui de la créativité chaotique pour réaliser une image, tout en s’appuyant sur les émotions ressenties à ce moment-là. La musique renforce en prime ces émotions, comme la colère et la tristesse, mais aussi la joie ou la nostalgie. Et puis, ça a un côté hypnotique au bout d’un moment. Quand je dessine 4 ou 5 heures d’affilée avec mon casque audio, le temps ne s’écoule pas de la même manière. Je suis presque assommé par le son, dans un autre état. Cela dit ça ne me dérange absolument pas de ne pas écouter de musique et d’écouter ce qui se passe dans la rue, c’est juste différent.

 

Crédit : Pierre Loup
Crédit : Pierre Loup

 

Pour ce qui est du dessin de Björk, c’est l’une des pochettes d’album que je préfère, et la musique me sidère à chaque écoute. Après, je peux comprendre qu’on n’adhère pas. Des sons maintenant ! Beaucoup de hip-hop et d’instrumental (et je rappe dans ma tête), des mixtapes de Bon Entendeur pour l’électro, du jazz (les albums d’Ella Fitzgerald, Cry Me A River et autres), et un peu de reggae (Marley, Soom T, Naaman etc.). Je vais pas te faire une liste de tout ce que j’écoute en hip hop (U.S. et français confondu, avec même du rap russe !) mais je te mets quelques sons préférés : Seconde Formule d’Hocus Pocus, J’ai mal au cœur d’Idéal J ou encore tout l’album Mauvais Œil de Lunatic.

 

T’as notamment bossé avec Deezer pour décorer leurs locaux, mais plus proche encore de la musique, est-ce que dessiner une pochette pour un album ça te brancherait par exemple ?

 

J’en ai réalisé deux pour le moment, et j’ai trouvé le format génial. La première pochette pour #2 d’Archideep & the Monkeyshakers  (un groupe de rock d’un pote d’Oléron), et l’autre pour Monoï de The Tom’s-Tom’s (deux potes de Bordeaux). Je serais ravi d’en refaire.

 

Crédit : Pierre-Loup
Crédit : Pierre-Loup

 

Quand on te passe une commande particulière (que ça soit pour Deezer ou autre), à quel point es-tu libre dans ton travail ?

 

Je suis libre, tant qu’il me paye je fais le boulot, et 99% du temps mon employeur me laisse carte blanche, à moi de choisir l’emplacement, le support, le matos, le thème ou sujet, etc. Il m’est rarement arrivé ne pas satisfaire la commande !

 

Un truc m’impressionne : il y a vraiment quelque chose de particulier qu’on retrouve dans tous tes dessins, est-ce que c’est quelque chose de naturel ou tu travailles toujours avec la volonté de représenter un univers précis ?

 

En fait, moi-même je ne saisis pas bien ce que mes dessins ont de si particulier. Selon moi chaque dessin est par définition unique et singulier. Je ne saurais pas expliquer pourquoi je dessine comme ça, peut-être que le formatage académique n’a jamais eu raison de mon trait. Et puis je ne saurais pas dire ce que voient les autres, ni ce qu’ils ressentent. Lorsque je dessine, c’est toujours pour moi que j’exerce une certaine discipline, mentale et physique. Si les gens sont touchés, tant mieux, j’ai envie de dire !

 

La réalisation d’un autoportrait, ça te vient comment ?

 

Naturellement, comme on prend note dans un journal ou que l’on se regarde le miroir. Je suis mon propre sujet tous les jours, comme tout le monde, sauf que rares sont ceux à s’en rendre compte. Ça peut représenter des étapes dans le cours de ma vie, ou lorsque j’atteins un nouveau palier dans l’évolution de ma technique.

 

Autoportrait (Crédit : Pierre-Loup)
Autoportrait (Crédit : Pierre-Loup)

 

Est-ce qu’en tant qu’autodidacte ça t’est déjà arrivé de te sentir limité d’un point de vue technique en dessin ? Est-ce que tu ressens un besoin de progresser par exemple ?

 

Maintenant que j’y pense, je pense ne jamais avoir désiré être meilleur en dessin. Ça m’est déjà arrivé en riant devant mon frère de dire que je voulais une main bionique pour ne plus trembler sans cesse ! Mais non, je ne me suis jamais senti à cours de « moyen technique », ni buté à ce qui peut sembler un mur infranchissable. Quand je suis confronté à quelque chose de nouveau, que je n’ai jamais représenté, je ne me dis pas que je n’ai pas les connaissances nécessaires, je me lance et on verra. Ça passe ou ça casse. J’apprends de mes erreurs et en observant avec concentration : les proportions, la perspective, dessiner les arbres ou la nature, les visages (par étapes : nez, yeux, bouche, oreilles, cheveux, etc.), ça ne s’apprend pas, ça s’assimile. Une fois j’ai voyagé en Grande-Bretagne sans dessiner pendant 6 mois ; à mon retour, je dessinais deux fois mieux qu’avant. J’avais acquis plus de maturité, et ça s’est ressenti au travers du dessin.

 

Tu dessines aussi sur des casquettes, est-ce que plus largement le design de vêtements c’est un truc qui te brancherait ?

 

Yes, j’adorerais mais j’ai un peu moins d’idées pour les T-shirts, je maitrise pas encore assez bien le format. En revanche, les casquettes c’est un truc que je trouve très classe ! Et là pareil, j’ai remarqué une évolution, comme l’émergence d’une deuxième génération de casquettes par rapport aux anciennes.

 

J’ai aussi vu que tu graffais pas mal, qu’est-ce qui change par rapport à un dessin sur papier plus traditionnel disons, outre le support ?

 

Ça change tout !  Notre point de vue et regard, l’obligation de prendre du recul, le trait est plus épais, le mouvement plus ample ; beaucoup de tagueurs ne savent pas dessiner, trop habitués à leur gym qui requiert tout le corps, alors qu’avec le dessin, un poignet et trois doigts suffisent.

Mais ce qui me plaît avec le graff, c’est justement la possibilité de recouvrir d’énormes masses en un minimum de temps, et on repasse dessus si on se trompe. C’est fat !

 

Crédit : Pierre-Loup
Crédit : Pierre-Loup

 

Est-ce que t’as une préférence entre les deux ?

 

Pour le dessin bien entendu parce que c’est naturel chez moi et que je contrôle mieux. Mais j’adore le graff aussi, je respecte la discipline, c’est juste que j’en fais moins.

 

Tu sculptes également, c’est aussi quelque chose que t’as appris tout seul ?

 

Oui, c’est quelque chose qui m’est venu un jour, en lisant un livre sur Michel-Ange, donc je suis allé acheté un maillet et des burins et me suis rendu dans un coin près d’Angoulême où il y a de nombreuses carrières et grottes planquées dans la forêt. C’est plus difficile, long et sale, très physique, mais ça fait toujours du bien de se défouler tout un après-midi. Là aussi je sens le même processus que pour le dessin ; j’ai des phases, et j’évolue par paliers, comme Sangoku.

 

Il paraît que tu pratiques aussi le rap, t’es un artiste complet en fait ?

 

Et oui, je ne vois aucune raison de me limiter à quoi que ce soit dans ma vie. J’entends par là que je compte faire bien plus que du dessin. Ce n’est pas l’ambition qui parle, je trouve juste triste que les gens ne songent pas à faire plus qu’un seul métier, une seule profession. J’ai pas envie de faire que de l’art, j’ai plein de projets, partout dans le monde.

 

Crédit : Pierre-Loup
Crédit : Pierre-Loup

 

Peux-tu nous décrire la préparation d’une expo (sélection des dessins, ordre d’affichage, lumière etc.) ?

 

Ça se fait un peu à l’arrache pour moi en général… Mon agent m’appelle et me dit qu’il a rencontré un tel qui nous propose une expo. Il me faut alors trouver un nom, un fil conducteur si possible, et je dois produire des œuvres. D’habitude, sans trop de raisons d’ailleurs, j’attends le dernier moment pour me mettre au travail. Gainsbourg disait : “je ne peux écrire que dans le stress”. Ça marche mieux, je bosse d’un coup, deux semaines avant l’expo, et je produis nuit et jour. Ce rythme me fait dessiner par automatisme, comme par association d’idées, et je suis somnolant sur mon fauteuil toutes les nuits avant l’expo.Pour ce qui est de logistique et d’administratif, tout ça, c’est le travail de Stéphane Chatry, mon agent depuis presque 5 ans. C’est lui qui gère les contacts avec les galeries, ce dont je serais incapable.

 

Quels sont tes prochains projets ?

Une exposition : « The Lost Show », qui se tiendra à Paris en décembre, j’en sais pas encore plus pour le moment mais je le mentionnerai sur ma page Facebook !

 

Pour finir, qu’est-ce que t’écoutes en ce moment ?

Je sors d’une grosse période Trap dans laquelle je suis tombé un peu par hasard, à base de Young Thug et Travi$ Scott, et là j’écoute pas mal Guts, que des potes m’ont fait découvrir à Lyon il y a 3 semaines. Ça déchire.

 

Pour découvrir les autres dessins de Pierre-Loup, rendez-vous sur sa page Facebook : Pierre-Loup.

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