Contrairement à l’occident, l’Afrique est passée aux smartphones en seulement quelques années sans vraiment s’attarder sur la téléphonie fixe ou encore l’internet sur ordinateur. Cela s’appelle un « leapfrogging » technologique. Explications.

 

Smartphones
Un vendeur et son stand de smartphones, en avril 2015 sur le « Computer Village » de Lagos, Nigeria – PIUS UTOMI EKPEI/AFP

 

Loin des clichés véhiculés sur le continent, près de 97% des africains seront en possession d’un téléphone portable en 2017, mais surtout, 50% d’entre eux auront accès à internet par le biais d’un smartphone dans moins de 10 ans. C’est demain, et c’est surtout soudain. Mais comment les différents pays africains ont-ils pu relever ce défi malgré les difficultés auxquelles ils sont confrontés ? Qu’est-ce que cela va impliquer à l’avenir pour ce gigantesque continent au potentiel inouï ?

 

Avant de tenter de répondre à ces interrogations, il convient de décrire ce phénomène que l’on appelle communément «Leapfrogging technologique», ce qui pourrait se traduire littéralement par un «saut de grenouille technologique». L’Afrique a sauté des étapes technologiques en passant directement aux smartphones sans vraiment s’attarder sur la téléphonie fixe ou l’internet sur ordinateur. Un saut d’autant plus impressionnant qu’il a été très rapide et ce, grâce à différents leviers.

 

Entre 45 et 115 euros le Smartphone low-cost

 

Cette démocratisation de l’accès aux téléphones portables, de surcroit ayant accès à internet, s’explique d’abord par la chute spectaculaire du prix de ces smartphones au cours de ces dernières années. Ayant compris l’intérêt que pouvaient représenter certains marchés émergents à l’image de l’Afrique, les fabricants de téléphones ont inondé ces zones de chalandise avec des smartphones low cost : entre 45 et 115 euros pour la fourchette de prix généralement pratiquée. Ainsi, avec des mobiles aussi compétitifs (dont certains « Made in Africa » comme ceux fabriqués par Mint Electronics), de nombreux pays africains sont entrés de plain-pied dans le XXIème siècle en moins d’une décennie. Fast and furious.

 

L’urbanisation galopante ainsi que la forte croissance démographique du continent accélèrent ce phénomène. En effet, les mégalopoles africaines, essentiellement réparties sur les côtes, concentreront près de 50% de la population continentale en 2030, puis 60% en 2050, où ils seront plus de 2,5 milliards d’africains. A titre de comparaison, ils ne sont qu’un peu plus d’un milliard aujourd’hui. Sans parler du fait que d’ici cinq ans, 50% de la population active de l’Afrique aura moins de 25 ans. Nous assistons ainsi à l’émergence d’une classe moyenne africaine de plus en plus importante qui affectionne tout particulièrement ces nouvelles technologies.

 

Toute l’Afrique n’avance pas au même rythme

 

A noter tout de même que l’Afrique n’est pas un ensemble uniforme et homogène, qu’il ne s’agit là que d’une photographie d’ensemble et qu’il existe des disparités sur le continent, parfois au sein d’un même pays. Il n’y a pas une seule Afrique, mais des Afriques. L’Afrique du nord et l’Afrique de l’ouest sont les zones les plus concernées par ce Leapfrogging, à l’instar des villes au détriment des campagnes, tout comme c’est le cas pour le sud hyper-urbanisé du Nigéria par rapport à sa région nord qui est en proie à la terreur exercée par les terroristes de Boko Haram.

 

En revanche, il faut souligner qu’au-delà de ces aspects qui peuvent sembler secondaires au premier abord, une démocratisation des smartphones conduit inévitablement vers une démocratisation de l’accès à l’information, à l’éducation, à la santé et une ouverture sur le monde qui peut s’avérer prolifique pour l’ensemble des parties prenantes. Car il ne faut pas oublier que c’est par le truchement des smartphones, d’internet, et plus particulièrement des réseaux sociaux qu’en 2010, certains pays africains ont pu se libérer du joug de despotes qui les asservissaient en basculant dans ce que l’on a appelé à l’époque le Printemps Arabe

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